[DOSSIER] Contre la pollution numérique : la sobriété

“La pollution numérique est différente des autres pollutions en cela qu’elle n’a pas de “coupable” unique et identifié, comme l’industrie pétrolière ou agroalimentaire. Ici, le responsable est l’usage commun, nous sommes tous concernés.ées”

Ines Leonarduzzi, CEO de Digital For The Planet

La pollution numérique n’est pas aussi spectaculaire que celle du plastique. Pas de photos de plages jonchées de déchets, de fleuves charriant les détritus ou de tortues asphyxiées.

Pas de sacs poubelles plein qui s’entassent, rappel cuisant de nos égarements.
Wifi, Cloud, Bluetooth, toutes ces technos associées au numérique ont quelque chose d’hautement virtuel, d’impalpable, d’immatériel. On s’imagine que ce qu’on fait sur internet flotte quelque part dans la matrice, intangible, invisible.

Pourtant, derrière le miroir se cache une réalité bien plus sombre. Celle des milliers de data centers, des mines qui fournissent les minerais, des décharges à ciel ouvert, des câbles, des terminaux, des routeurs, des antennes…

Le numérique « vert » n’existe pas. Ces équipements qui propulsent le numérique génèrent une pollution bien réelle. Mais la catastrophe se joue souvent ailleurs, loin de nos yeux (et donc de notre cœur).

Aujourd’hui, le numérique consomme 5,5% de l’électricité mondiale, 4,2% de l’énergie primaire, et est responsable de 3,8% des émissions de gaz à effet de serre, soit plus que l’aviation. Et ce n’est pas près de diminuer.

Plus ça va, plus nos sociétés semblent se numériser. Nous repoussons toujours plus loin les limites du digital, des milliards sont investis sur la robotisation ou l’IA, les pays moins développés s’équipent eux aussi massivement. Nos relations, nos achats, notre éducation, notre accès à l’information, à la connaissance, notre communication…tout, aujourd’hui, repose sur le numérique.

Résultat : Green IT prévoit un doublement voire un triplement, pour certains indicateurs, des impacts environnementaux du secteur entre 2010 et 2025. Dans 5 ans, le numérique pourrait ainsi contribuer à 6% de l’empreinte de l’humanité, contre 2,5% en 2010 et à 5,5% des émissions de GES. Cisco prévoit un triplement du trafic entre 2017 et 2022 et Green IT, un quintuplement de la taille de l’univers numérique en nombre d’équipements entre 2010 et 2025.

Face à ces chiffres, on comprend bien qu’utiliser un moteur de recherche « écolo » et nettoyer sa boîte mail ne suffiront pas.

Comme souvent en matière d’écologie, l’urgence est de réduire. Décroître, baisser notre consommation, cesser notre course folle au toujours plus, toujours plus vite, toujours plus grand… Viser la sobriété numérique.

Ce concept, qu’on doit à Frédéric Bordage, fondateur de Green IT, englobe deux leviers :

  1. L’écoconception des appareils et infrastructures du numérique afin de minimiser l’impact environnemental à chaque étape de leur cycle de vie.
  2. L’adoption par un maximum de personnes d’habitudes de consommation et d’utilisation plus responsables

Indéniablement, le numérique a donné naissance à des innovations formidables et nous a ouvert d’incroyables portes. Il incarne le « progrès » par excellence. Et le progrès nous fascine.

Depuis la naissance du numérique, nous avons donc adopté les innovations tout de go, sans trop se poser de questions sur le besoin rempli ou les effets potentiels, sans évaluer si oui ou non, c’était une bonne idée.

Aujourd’hui, on commence à entrevoir les effets négatifs à tous les niveaux.

D’abord, il y a la question de l’empreinte intrinsèque, conséquente, du secteur.

Ensuite, il y a l’impact du numérique sur tout un tas d’autres domaines, la façon dont il contribue à la surconsommation, la réorganisation du travail, l’accélération, etc.

Enfin, on prend conscience des effets délétère de l’hyperconnexion sur notre bien-être – physique, mental, émotionnel…

Le temps est donc venu de faire un pas de côté pour observer ce qu’il se passe et s’interroger sur la place qu’on veut donner au numérique dans la société en général et dans nos vies en particuliers ; freiner son expansion inconsidérée en l’utilisant de façon plus raisonnée ; réfléchir à la manière dont le numérique peut contribuer positivement à la « transition écologique ».

Pour cela, l’enjeu est d’engager un effort commun et systémique  :

  • Des acteurs de la production d’équipements, d’infrastructures, de services et de logiciels. Encourager les démarches vers un numérique responsable, conscientiser les innovations, généraliser l’écoconception, repenser la collecte et l’utilisation de données, mettre les low tech à l’honneur…  Les appareils sont la principale source de pollution. Au-delà de leur design et fabrication en elle-même, il y a donc tout un travail à faire autour des logiques économiques qui structurent le marché, de l’obsolescence programmée, la réparabilité des appareils, la filière recyclage. Il y a aussi des mesures possibles concernant le mix énergétique qui alimente ces appareils et l’ensemble du réseau.
  • Dans notre consommation et nos usages, individuels et collectifs (entreprises, collectivités…). Consommer moins, éliminer le superflu, s’en tenir à l’essentiel, que ce soit dans nos achats d’équipements, dans notre utilisation du réseau, dans nos pratiques en ligne… Bref, opter pour ce que certains appellent le minimalisme digital.

Cette réflexion sur la place du numérique est essentielle pour penser le monde demain. Nous avons besoin de reprendre la main sur notre dépendance au numérique et ses effets sur notre société.

Dossier Numérique et écologie – Sommaire

Ce dossier « Numérique et écologie » a pour objectif de creuser les différents enjeux du numérique aujourd’hui, et d’explorer les bonnes pratiques, individuelles et collectives, à mettre en œuvre pour avancer vers plus de sobriété numérique.

Notre ebook gratuit “Face à la pollution numérique : la sobriété” synthétise le contenu des différents articles.

ebook pollution numerique

Sommaire du dossier :

Le contexte

1. La pollution numérique : on en parle ? – Pour comprendre les origines et enjeux de la pollution numérique

2. Viser la sobriété numérique : un vrai défi – Pourquoi le numérique nous fascine tant et pourquoi il est si difficile de s’en affranchir ?

3. Le coût humain du numérique – Les conséquences dramatiques de la transition numérique sur les populations locales

4. La fin de vie toxique de notre électronique – L’enjeu écologique et social que représentent la délicate gestion des DEEE

Bonnes pratiques individuelles : vers un usage plus sobre du numérique

Nous avons créé une fiche listant les différentes actions que nous pouvons tous prendre pour diminuer la pollution numérique, proposées dans notre série d’articles, à télécharger gratuitement (et à partager autour de vous).

4.  Bonnes pratiques pour un usage plus responsable du web

5. Limiter l’impact des appareils numériques, premier responsable de la pollution numérique 

6. Bonnes pratiques pour des mails moins polluants

7. Opter pour un moteur de recherche éco-responsable

Sobriété numérique : changer d’échelle

8. La transition numérique : un atout pour la transition écologique ? – Dans quelle mesure et en quoi le numérique peut-il jouer en faveur de l’écologie ?

9. Sobriété numérique : au-delà des éco-gestes, changer d’échelle : pourquoi il est urgent que les entreprises et pouvoirs publics s’emparent du sujet de la pollution numérique et ce que cela implique

10.  Bonnes pratiques pour un numérique responsable en entreprise : quelques conseils et suggestions pour adopter des bonnes pratiques collectives

Nous avons créé une fiche listant les différentes actions individuelles et collectives pour diminuer l’impact du numérique au sein des organisations, à télécharger gratuitement (et à partager autour de vous).

Laisser un commentaire

Qu'en dites-vous ?

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.