Engagement écologique : trouver sa tribu

Je suis entrée par la porte du zéro déchet sur la vaste scène de l’engagement écologique.

Une petite et modeste porte.

J’ai tout de suite eu envie de donner une dimension plus large à cette démarche en démarrant ce blog avec Marlène, qu’on tient avec plus ou moins d’assiduité.

En parallèle, je n’ai pas cessé depuis ce lancement de me documenter, m’informer, me nourrir d’opinions diverses et variées pour améliorer ma compréhension des mécanismes en jeu et des solutions envisageables. Mais j’ai vite perçu les limites de mon engagement individuel lorsque j’ai perdu l’enthousiasme de creuser toujours plus loin mes connaissances sur le zéro déchet.

J’ai eu envie de faire plus, à plus grande échelle, de façon plus radicale et collective.

Je n’ai jamais été très révolutionnaire dans l’âme. Pas franchement conformiste non plus, mais quelque part entre les deux à suivre mon bonhomme de chemin, plutôt méfiante des codes et des normes mais quand même soucieuse de ne pas faire de vagues. Pour la première fois de ma vie, j’ai senti pousser en moi comme une envie de rébellion.

Une envie…que je n’ai pas encore réussi à traduire en acte. Au-delà de ma démarche perso ZD, de ce blog et de mes lectures, mon engagement se résume à pas grand-chose. Je n’arrive pas à lui donner forme et direction plus large. Je ne sais ni par où commencer, ni vers quoi aller.

Au service de quoi mettre mon énergie ? Comment trouver le collectif et le mode d’action qui fassent chanter mon coeur et mes neurones ?

Beaucoup de bouquins alertent, chiffrent, et nous disent en substance qu’il est temps de se bouger, que chaque geste, chaque action compte, que la résistance peut prendre toutes les formes, qu’il faut tout tenter, tout valoriser…mais ils ne précisent pas quelle direction donner à ces actions au-delà de l’engagement individuel. Où placer les priorités, comment se fédérer ?

Or, à trop ouvrir le champ des possibles sans aiguiller ensuite, on finit cloués sur place. Il manque selon moi d’un discours pour nous guider. Dès qu’il s’agit de formuler concrètement une vision vers laquelle se diriger, les experts bottent en touche. « A vous de trouver ». On reste là, la rage au ventre mais les bras ballants.
C’est l’effet que m’a fait le livre de Cyril Dion.

Depuis, je tourne et retourne la question dans ma tête.

Je regarde ceux qui s’engagent, qui « entrent en résistance » de multiples façons.
Ceux qui descendent dans la rue avec plus ou moins de hargne et de détermination.
Ceux qui militent au sein d’associations.
Ceux qui sensibilisent et lancent l’alerte.
Ceux qui contestent et protestent.
Ceux qui proposent.
Ceux qui veulent forcer les grands de ce monde à prendre leurs responsabilités.
Ceux qui cherchent à construire le monde de demain.
Ceux qui font ensemble.
Ceux qui font seuls.
Et bien d’autres encore.

Les modes d’action diffèrent. Les convictions aussi. L’engagement pour la planète n’est pas un mouvement uniforme, au sein duquel chacun regarde dans la même direction. Bien au contraire. Il est composé d’une multitude de tribus, avec leurs propres codes et leurs propres croyances.

Moi, je n’arrive pas à me situer dans ce paysage, à trouver MA tribu. Il y a toujours un truc qui me déphase, idéologiquement, intellectuellement, tactiquement.

Mon premier élan était de trouver localement des gens avec qui unir mes forces. Créer ma propre tribu. Mais pour faire quoi ? Et où les trouver ? Deux questions sans réponse.

Vivre dans le Sud de l’Allemagne, dans une région visiblement pas très dynamique question projets citoyens à dimension écologique, et ne pas bien parler Allemand n’ont certainement pas aidé.

Alors, je me suis tournée vers internet, mais même constat. Comment passer de spectatrice à actrice, « infiltrer » les bons réseaux, rentrer en contact avec les bonnes personnes quand on ne sait même pas précisément quoi leur proposer ?

Non c’est pas totalement vrai, je commence en fait à avoir une certaine idée de ce qui me fait vibrer. C’est la fameuse question des récits, la construction d’une vision à la fois désirable et réaliste pour un demain radicalement nouveau. C’est là dessus que j’aimerais m’impliquer…sans autres compétences sur le sujet que ma capacité à apprendre et à transmettre et sans avoir aucune idée de par où passer pour le faire.

Certes, le sujet est particulièrement pointu. J’imagine que quelque part dans des bureaux, des dizaines d’experts planchent sur la question…mais je n’en suis pas une.

Si j’étais restée sur la thématique plus mainstream du zéro déchet, j’aurais probablement trouvé plus facilement chaussure à mon pied.

Mais j’ai quand même l’impression qu’au delà de ma petite marotte perso, je suis loin d’être la seule dans ce cas : prête à s’engager (mais pas de n’importe quelle façon) et sans savoir comment.

En fait, j’ai même l’impression qu’on est légion. Enfin, quand je dis légion, je veux dire suffisamment nombreux pour donner une vraie puissance à l’élan.

Ces derniers temps j’ai eu à plusieurs reprises l’occasion de discuter avec des personnes qui partagent ce dilemme. Convaincues de l’urgence, ayant déjà changé des choses dans leur quotidien, engagées dans leur tête et désireuses de le traduire en action à plus grande échelle…mais bloquées face aux mêmes questions.

Comment je m’implique, moi, simple citoyen.ne sans compétences particulières en climat, écologie, permaculture ou jardinage, construction, animation de communauté, sociologie, anthropologie, politique, et que sais-je encore ? Comment je me rends utile ? Comment je mets ces non-savoirs mais mes autres qualités, connaissances , intérêts et convictions au services de quelque chose de puissant ? Comment je me forme pour appréhender les différents mécanismes qui régissent ce système et pouvoir porter un regard critique sur les solutions proposées ? Comment je trouve ma place parmi tous ces experts qui, eux, savent, ces associations bien établies, ces militants de la première heure ?

Bien sûr, il existe déjà des centaines d’associations, de mouvements en tous genres, qui invitent à les rejoindre. Mais vu de l’extérieur (et je me trompe donc peut être), j’ai du mal à trouver des collectifs avec lesquels je suis en phase dans la façon de placer le curseur entre vision radicale, rayonnement et mode d’action. Il y a ceux qui militent vraiment pour une transformation radicale du système mais sont alors souvent dans des actions qui le sont tout autant ce qui ne me parle pas forcément. Et puis il y en a beaucoup qui se revendiquent radicales mais qui, à mon goût, proposent une vision bien trop ancrée encore dans les logiques actuelles. Ensuite il y a  la question de la portée : action au niveau local ou qui vise une échelle bien plus large.

Je n’ai pas réussi à trouver de mouvements qui proposent à la fois une vision radicalement nouvelle tout en étant désirable, réaliste et inclusive pour demain et qui propose en même temps des actions concrètes pour y parvenir.

J’ai l’impression aussi qu’il n’y a pas dans de diversité que cela dans les modes d’action possible lorsqu’on n’a pas d’expertise particulière. On peut devenir activiste, militant, suivre les actions collectives organisées, mais c’est beaucoup plus difficile d’infiltrer les groupes de travail qui sont moins “dans l’action” et plus dans la stratégie, la réflexion, la projection. De pouvoir y prendre une vraie place, autre que l’arrière du bus.

D’un côté, on peut se dire que c’est normal, qu’il vaut mieux laisser ça aux experts. En même temps, je rêverais que chaque citoyen puisse, s’il le souhaite, participer activement à la construction du monde de demain parce que je pense que tout le monde a quelque chose à apporter, quelque soit son background, son expertise, son vécu. Je rêverais d’espaces accessibles à tous pour réfléchir et construire ensemble et à grande échelle, réinventer radicalement demain.

Peut être que j’en demande trop. Peut être que je suis trop regardante. Peut être qu’au lieu de chercher le mouton à 5 pattes, je ferais mieux de rejoindre un collectif, n’importe lequel, qui veuille bien de moi, et partir de là ? Peut être qu’il serait temps que je descende de ma branche d’arbre avec mes idéaux et mes convictions fraîchement acquis pour rejoindre ceux qui luttent depuis bien plus longtemps que moi ? Peut être qu’il faut que j’arrête de penser que j’ai quoique ce soit à apporter sur un sujet aussi vaste et complexe que bâtir un nouveau monde et que je revois mes ambitions à la baisse?

Je ne sais pas.

En tout cas j’ai vraiment ce sentiment qu’il y a toute ce vivier d’ultraconvaincus prêts à bondir, cette force vive à activer, à fédérer, à guider, et que pour l’instant aucun mouvement n’a réellement réussi à le faire.

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