[Fiche de lecture] Petit manuel de résistance contemporaine de Cyril Dion

« J’espère qu’à la lecture de ce livre vous sentirez poindre dans vos membres, dans votre poitrine, ce souffle si caractéristique de la liberté. Cette incomparable envie de créer, d’être utile. Le besoin de contribuer à quelque chose de plus vaste que vous. De participer à un mouvement dont nos enfants et nos petits-enfants se souviendront lorsqu’ils étudieront ce moment clé de notre histoire. Celui où nous avons décidé de ne pas renoncer. »

Cyril Dion est le cinéaste derrière le film Demain. Un des premiers films grand public qui, prend le parti de montrer une facette positive et optimiste de la question climatique : des gens qui se bougent pour changer les choses, des initiatives qui fonctionnent et essaiment. Un film qui fait du bien, qui redonne l’espoir, qui ouvre la voie. Et qui est parvenu à toucher, enthousiasmer et impulser des millions de spectateurs.

Pourtant, dès le début de son ouvrage, Cyril Dion part d’un constat malheureux : les écologistes ont échoué à faire passer massivement leur message sur l’urgence climatique pour que les choses bougent en profondeur. Des décennies qu’ils tirent la sonnette d’alarme et alertent, à grand renfort de chiffres, de documentaires, de pronostics effrayants, et qu’on fait la sourde oreille (même s’il me semble que la prise de conscience s’accélère depuis quelques mois).

Quant aux convaincus, les écologistes ont aussi très certainement échoué à les guider dans leur engagement, à les aiguiller vers des actions à fort impact.

‘ Bien souvent les néo-écolos, pourtant animés par un enthousiasme communicatif, ne savent pas très bien par quoi commencer, s’épuisent dans de petites actions à faible impact, s’épanouissent dans des projets qui ne font pas encore système avec les organisations sociales, politiques, économiques qui les entourent. ‘

Entrer en résistance

Aujourd’hui, nous dit Cyril Dion, il nous faut bien plus que des petits pas, des petits gestes, des petites actions à faible impact. Parce que l’enjeu est colossal et le danger bien réel.
Au cœur de la crise, un système : celui des sociétés matérialistes, néolibérales, focalisées sur le confort et la croissance et qui se considèrent en droit d’exploiter – quitte à les détruire – toute richesse qui servirait cette ambition. Ressources naturelles, animaux et même autres êtres humains, rien n’est hors limite.

Nous avons atteint le bout de ce système. Ce qu’il nous faut, à présent, c’est nous battre pour changer de modèle.

Résistons, nous dit Cyril Dion. Vent debout contre cette idéologie destructrice et absurde qui veut nous faire croire qu’amasser les choses est un but valable dans la vie. Prenons nos responsabilités, cultivons le discernement et faisons les bons choix.

Comme son titre l’indique, l’ouvrage de Cyril Dion a pour objectif « d’explorer les meilleures stratégies pour engager cette résistance. »

Et d’annoncer d’emblée : les actions qu’on nous suggèrent généralement– manifester, faire des dons, boycotter, consommer responsable… – ne servent à rien lorsqu’elles sont isolées. Les actions plus radicales voire violentes de rébellion risquent de déboucher sur les mêmes maux contre lesquels elles s’élèvent. La solution, selon Cyril Dion, se trouve dans l’émergence de nouveaux récits, construits en changeant de perception du monde, qui donneraient vie à de nouvelles façons de fonctionner.

Il y a urgence

L’ouvrage débute par un état des lieux pour poser les bases de la réflexion.

Avec un premier rappel : la question climatique est un miroir a deux faces.

Une face en apparence lumineuse. Les riches de ce monde jouissent d’un confort sans précédent. Le monde est à leur portée, la technologie semble progresser à vitesse grand V pour leur faciliter la vie, la rendre plus agréable, plus divertissante, plus connectée, plus illimitée, plus jouissive. L’espérance de vie n’a jamais été aussi haute, au point que la population ait triplée en moins d’un siècle. Le transhumanisme nous promet de repousser encore un peu plus loin les limites de notre humanité.

Et une autre face, bien plus sombre. Un humain sur neuf n’a pas de quoi manger. Le pillage des ressources a des conséquences dramatiques : 50% de la population des vertébrés a disparu ces 40 dernières années, 80% des insectes volants en Europe au cours de ces trente dernières années et il n’y aura bientôt plus de plastique que de poissons dans les océans. Triste réalité.

Rien de nouveau ici, ces chiffres sont dans toutes les communications sur l’urgence climatique. Pourtant, aussi terrifiants soient-ils, ils restent trop abstraits pour que notre cerveau puisse y réagir de façon adéquate, les transposer dans une réalité concrète.

Dans les pays les plus riches, nous ne voyons que le côté le plus lumineux du miroir. Notre quotidien est plutôt synonyme d’abondance et de progrès. Face aux avancées technologiques extraordinaires, difficile de ne pas se dire que notre capacité d’innovation est sans limite et que nous trouverons forcément une solution à tous ces défis en temps voulu. Nous ne voyons pas la face sombre. Nous ne subissons pas directement les conséquences déjà catastrophiques du réchauffement climatique. Ce n’est pas notre habitat qui est détruit, notre paysage qui change, nos terres qui se tarissent. Notre réalité quotidienne est à des années lumières de la catastrophe qu’on nous annonce à tel point qu’on ne peut se la figurer.

Comment concevoir que dans 5 ans ou dans 50, ce monde puisse disparaitre, s’effondrer, comme on nous l’annonce et que nous passions soudainement d’une vie d’abondance à…plus rien, ou on ne sait pas bien quoi ?

Et pourtant, ce qui nous attend aurait de quoi nous mobiliser.

Fonte du permafrost qui s’ensuivrait par la libération de quantité astronomique de carbone et de méthane et de virus emprisonnés qui entraineraient des maladies inédites. Famines dues la baisse des rendements agricoles à cause du réchauffement de la Terre. Mutation et propagation de virus due à la modification du climat. Mortalité due à la pollution ambiante. Baisse de notre apport en oxygène due à la déforestation, et à l’acidification et la pollution des océans. Embrasement des tensions, suite aux flux migratoires. Guerres entre les pays pour sécuriser les apports en ressources naturelles stratégiques restantes comme le pétrole, les terres arables, les minerais.

Cyril Dion dresse pendant plusieurs pages un tableau lugubre.

Est-il encore temps d’enrayer complètement la machine ? Peu probable.

En tout cas, une certaine augmentation des températures semble inévitable, quoiqu’on réussisse à faire. La question est plutôt : de combien de degrés ? Et pour quand ? 20 ans ? 10 ans ? 5 ans ?

Quand risque d’avoir lieu l’effondrement annoncé ? Impossible à dire précisément.

Ce qui est sûr c’est qu’il y a urgence absolue.

Alors que faire ?

Cyril Dion est un des cofondateurs du mouvement Colibris, fondé sur l’idée que nous pouvons tous faire notre part, prendre nos responsabilités face à l’urgence climatique.
Il s’agit, pour chacun, de faire ce qui lui semble juste, de s’engager à son échelle, en consommant plus responsable, en changeant son mode de vie.

La puissance des petits gestes est souvent mise à mal. D’abord parce que pour l’instant, le triste constat c’est qu’à l’échelle planétaire nous consommons et polluons de plus en plus. Ensuite parce que ce rejet de la faute sur les individus est jugée culpabilisante. Comme le rappelle Derrick Jensen dans un article, 92% de l’eau utilisée l’est par l’agriculture et l’industrie. Les déchets ménagers ne représentent que 8% de la production totale de déchets en Europe et la consommation individuelle d’énergie, 25% de la consommation globale. Enfin parce que se concentrer sur les petits gestes du quotidien porte le risque d’endormir les esprits, d’en oublier une remise en question profonde sur le système dans son ensemble, la société de consommation, les valeurs qui la portent… Cette lutte par les petits gestes s’inscrit selon certains dans une parfaite logique consumériste qui prônent l’individualisme et l’idée qu’on peut résister par le porte-monnaie.

Alors que faire d’autre ? Forcer les dirigeants politiques à agir ?

Les gouvernements manquent malheureusement de volonté, de moyens et de marge de manœuvre pour mener des transformations profondes. Ils n’ont ni le temps de penser une stratégie sur le long terme, trop occupés à éteindre les feux et à gérer les urgences, ni l’intérêt personnel, qui les conduit à prendre des mesures court termistes. Comment mettre en place un plan sur 20 ans lorsqu’un mandat en dure 5 ?

Action individuelle ? Lutte politique ? Engagement collectif ? Quelle est la meilleure stratégie à adopter ?

Toutes, nous dit Cyril Dion. Il ne s’agit pas d’opposer action individuelle et collective mais de les combiner. Engager une démarche personnelle est un premier pas vers la prise de conscience, souvent indispensable pour s’engager dans une action plus profonde. Ca commence par soi, comme dirait Julien Vidal.

L’action individuelle devient puissante lorsqu’elle s’inscrit dans une dynamique globale. N’oublions pas que les entreprises sont dictées par le profit et que ce profit est dicté par les comportements de consommateurs. Si demain lesdits consommateurs décidaient d’arrêter totalement de consommer ce qui pollue, les entreprises n’auraient d’autres choix que de changer leur méthode. Ce sont les clients qui donnent aux entreprises leur pouvoir.

La difficulté étant évidemment que pour faire basculer la balance, il faut un effet de masse. Une inversion de tendance.

Agir, pour faire quoi ?

Nous avons besoin d’unir toutes nos forces. Pour cela, nous avons besoin d’une direction commune portée par des récits communs.

‘ Notre découragement vient très souvent du fait que nos actions semblent perdues dans l’océan. Nous avons besoin de les articuler, de les situer dans une stratégie plus globale. ‘

Car la grande question, bien sûr, c’est agir : pour faire quoi ?

Là encore, les avis divergent.

D’un côté, il y a ceux qui pensent qu’il est trop tard pour sauver le monde actuel. Son effondrement est inévitable. Parmi eux, certains estiment que ce qu’on a de mieux à faire aujourd’hui, c’est d’amortir la chute, et de préparer la suite et que pour cela, la décroissance radicale est inévitable.

D’autres, plus radicaux, s’organisent pour accélérer ce processus et précipiter la fin de la société industrielle, en engageant des actions fortes (sabotage, bloquage des raffineries, etc) tout en cherchant à penser un nouveau modèle de société fondé sur l’autonomie, la sobriété, le local, le collectif, les low tech et une démocratie véritable.

De l’autre côté, il y a ceux qui cherchent à rendre plus vertueux le système actuel parmi lesquels on trouve les partisans de la croissance verte et du développement durable qui consiste à réduire l’impact de notre modèle capitaliste (plus de recyclage, de bio, d’énergie renouvelable, etc) mais sans remise en question de ses fondements. Ceux-là espèrent garder certains acquis et innovations de notre monde moderne pour les mettre au service d’un fonctionnement plus égalitaire, plus soutenable, plus sobre.

Ces deux camps s’opposent sur un point central : l’un considère qu’il faut arrêter les activités destructrices pour la planète (notamment la production d’énergie puisqu’on ne sait pas la produire de façon véritablement écologique, neutre pour l’environnement) tandis que selon l’autre, les minimiser pourrait suffire.

Cyril Dion fait partie de ceux qui pensent que nous avons besoin de nous préparer à l’impact, pour amortir le choc. Et que pour cela, il faut que des millions de gens s’y mettent, il faut les fédérer, les faire avancer dans la même direction.

La vraie question selon lui ?
“Dans quelle perspective globale, dans quels récits collectifs nos actions s’inscrivent-elles, aussi petites soient-elles ?”

C’est là que nous avons besoin de récits communs.

Construire des récits communs

‘Si nous voulons emmener des millions de personnes avec nous, nous devons leur dire où nous allons… Car si les ONG passent un temps infini à dénoncer, décrypter, alerter, elles consacrent un temps et une énergie dérisoires à proposer un horizon, un récit de ce que pourrait être un monde véritablement écologique. Or, l’imaginaire, les histoires sont très certainement le carburant le plus mobilisateur pour les êtres humains. ‘

Nous avons entre nos mains tout ce qu’il faut pour réagir face à l’urgence climatique. Nous avons les savoirs, le nombre, la capacité d’innovation et tout un panel de solutions possibles à tester. Et pourtant…rien.

Notamment parce que ce que nous n’avons pas, c’est un récit porteur.

‘ Nous avons besoin de récits qui nous rassemblent, nous permettent de coopérer et donnent du sens à notre vie en commun. ‘

Les récits communs sont le ciment des sociétés, de nos systèmes de valeurs, de nos croyances et de nos actions. Ils ont un pouvoir mobilisateur inouï.

Déconstruire le récits existant

Actuellement, le récit qui structure nos vies, nos comportements, notre façon de penser, de consommer, d’agir s’articule autour d’un arc narratif fondamental : la croissance est une bonne chose, que nous devons viser coûte que coûte. Ce récit, qui fait l’apologie du progrès, du confort, de la jouissance, de la vitesse et de la domination est incroyablement puissant.

Fondé sur la croissance économique illimitée et la maximisation des profits, il présente trois architectures principales, qui régissent nos vies et orientent nos choix :

  • La nécessité de gagner de l’argent : travailler pour consommer. Nous avons été formatés, éduqués, modelés pour entrer dans ce moule du consumérisme.
  •  Les algorithmes informatiques : les géants du web mettant en place des stratégies rudement efficaces pour capter notre attention, nous divertir, nous amener exactement là où ils veulent, nous pousser encore plus à la consommation, et nous maintenir dans notre bulle pour éviter de trop penser.
  • Les lois : nous vivons dans une pseudo démocratie dans laquelle, en réalité, nous avons très peu de pouvoir sur nos élus une fois en place et sur leurs décisions.

La force des récits personnels

Il nous ait extrêmement difficile de nous détourner de ces architectures et de les remettre en question. Pourtant, c’est une priorité.

C’est pour cela que nous avons besoin d’un nouveau récit, pour changer les règles du jeu que nous jouons collectivement et avancer dans une nouvelle direction, ensemble, à grande échelle. Et là encore, ça commence par soi selon Cyril Dion.

‘ Changer notre récit personnel est donc un acte de résistance particulièrement puissant. ‘

Nous sommes profondément influencés par ceux qui nous entourent, par les valeurs de la société, le jugement et l’attitude de notre entourage. Ceux qui dominent aujourd’hui sont ceux qui détiennent les ficelles de notre récit actuel qui leur confère du pouvoir. Mais le reste du peuple peut décider de s’en emparer et de changer les codes. Pour cela, nous avons besoin de coopération, de coordination.

Il est « Plus facile à un nouveau récit collectif d’émerger si une multitude de récits personnels convergent pour le nourrir et l’échafauder. »

Pourquoi sommes-nous si sensibles aux récits ?

Parce que nous sommes avant tout guidés par nos émotions. Ces récits à construire doivent donc susciter l’engouement mais aussi laisser toute leur place à l’imaginaire, à la créativité, pour que chacun puisse se l’approprier. Il ne s’agit pas d’imposer une nouvelle fiction parfaitement ficelée et pensée, mais de proposer un cadre au sein duquel chacun peut s’inventer son propre imaginaire.

‘ Il est fondamental de proposer une vision écologique désirable de l’avenir, de constituer des références culturelles fortes, de projeter un imaginaire puissant, de structurer un projet tangible, à la fois politique, économique, mais également urbanistique, architectural, agricole, énergétique… Nous avons besoin de rêver, d’imaginer quelles maisons nous pourrions habiter, dans quelles villes nous pourrions évoluer, quels moyens nous utiliserions pour nous déplacer, comment nous produirions notre nourriture, de quelle façon nous pourrions vivre ensemble, décider ensemble, partager notre planète avec tous les êtres vivants. Petit à petit, ces récits d’un genre nouveau pourraient mâtiner nos représentations, contaminer positivement les esprits, et, s’ils sont largement partagés, se traduire structurellement dans des entreprises, des lois, des paysages… ‘

Trois objectifs

Il s’agit, pour Cyril Dion, de proposer un récit qui s’organisent autour de trois grand objectifs :

  • Stopper la destruction et le réchauffement : donc mettre fin à la surconsommation, au béton, à la déforestation, aux conditions extrêmes de travail, à la concentration extrême de richesses et de pouvoir.
  • Construire la résilience : effondrement ou non, la route qui se profile devant nous risques d’être pavées de conflits et d’hostilité. La résilience c’est la capacité à « encaisser les chocs sans s’effondrer ». Produire de la nourriture et de l’énergie localement, gérer l’eau potable, réutiliser les matériaux existants, réparer, recycler, développer l’artisanat, les savoir faires, assurer les services de base au niveau local partout sur le territoire, mettre en place des monnaies locales, bâtir des communautés locales soudées fonctionnant de façon vraiment démocratique. Cette résilience repose sur l’interconnectivité et la diversité.
  • Régénérer : il va falloir réparer les dégats déjà causés. Replanter des forets, réensauvager les espaces, miser sur la permaculture…

Cyril Dion propose quelques éléments supplémentaires pour ce nouveau récit tels que, pêle mêle : remettre l’intelligence émotionnelle, le respect, la coopération au cœur des sociétés et les inculquer dès le plus jeune âge, se recentrer sur l’essentiel, utiliser les low tech, se reconnecter à la nature, faire sa nourriture, réparer ses objets, partager plutôt que posséder, réutiliser les déchets, penser la production de façon circulaire et consacrer son temps, non pas à travailler pour gagner de l’argent mais à développer ses talents, à s’épanouir, à contribuer positivement, à se développer.

Tout cela existe déjà, en germe, à différents endroits du globe.

‘ Nous avons besoin que ce mouvement s’accélère. Que ces petits récits se démultiplient et en alimentent de plus grands, plus inspirants, capables d’entrainer un irrésistible mouvement. ‘

Nous n’avons plus de temps à perdre.

Par où on commence ?

Par les petites victoires personnelles

Sdrja Popović, spécialiste des histoires des révolutions, propose une méthodologie en neuf principes pour amener la population à s’engager massivement. Elle démarre par des petites batailles qu’on est en mesure de gagner. La réalité, c’est que la priorité de la plupart des êtres humains est de subvenir à leurs besoins. Face à ces préoccupations, les grandes causes font peu de poids. Notre cerveau n’est pas câblé pour faire face aux défis à longs termes qui requièrent des sacrifices immédiats. Chassez le quotidien, il revient au galop.

La théorie des petits pas est souvent plus efficace pour faire changer les mentalités, que de viser immédiatement la lune. Remporter ces petites victoires permet de souder le groupe, de redonner confiance et d’impulser une action de plus grande envergure.

Ensuite il s’agit de proposer un récit pour demain capable de fédérer largement, notamment en construisant l’unité entre les différents courants qui composent le mouvement.

Autre impératif : élaborer une stratégie précise, étape par étape pour atteindre un objectif final clairement identifié sans céder à la tentation de se perdre en discussion sans fin ou en contestation pure et dure.

Beaucoup de mouvements militants autour du climat manquent de stratégie à long terme, de vision claire pour demain, de leaders et d’hétérogénéité dans les porteurs du mouvement.

L’enjeu majeur est de parvenir à mobiliser la population au-delà des cercles militants, pour constituer un noyau suffisamment fort et actif pour changer les choses. Pour que les choses bougent, on n’a pas besoin de tout le monde mais d’une grappe organisée, déterminée.

Cyril Dion avance que la transformation en partant des villes semble plus faisable que de partir des Etats. Les villes concentrent plus de 50% de la population et émettent plus de 70% des gaz à effet de serre. Elles concentrent aussi généralement les pouvoirs, les infrastructures et les cerveaux.

Certaines villes ont déjà pris le virage et ouvert la voie. Les villes sont plus agiles, les élus y sont plus proches des citoyens, le dialogue y est plus facile, des politiques bien plus ambitieuses peuvent être mises en place, en court circuitant l’Etat.

Mon avis sur l’ouvrage

J’ai lu cet ouvrage il y a 4 ou 5 mois. C’est le premier que j’ai lu lorsque j’ai eu envie d’aller plus loin que l’action individuelle, vers un engagement plus collectif, et que j’ai eu envie de mieux comprendre la situation.

Entre ma lecture et ce résumé, j’ai beaucoup mûri dans ma réflexion, beaucoup lu. Je suis notamment tombée un jour sur un article puis sur un podcast d’Arthur Keller qui ont fait tilt.

Il y parlait, entre autres, de la nécessité de construire de nouveaux imaginaires, de nouvelles histoires, pour engager la population. Depuis je suis un peu obsédée par cette question des récits que je trouve à la fois fascinante et ultra pertinente.

En préparant cette fiche de lecture, j’ai été surprise de voir que cette question était aussi au cœur de l’ouvrage de Cyril Dion. Et que je n’en avais aucun souvenir. Ça m’était totalement passé au-dessus la première fois. Je n’étais pas encore mûre pour intégrer cette idée. Elle n’était pas prête à germé dans mon crâne même si je pense que la graine était plantée et que c’est pour cela que l’article d’Arthur Keller a tellement résonné.

J’ai beaucoup aimé ce livre que j’ai trouvé bien structuré, excellent pour commencer à comprendre la complexité de la situation. J’ai lu pas mal de critiques sur Cyril Dion, pointant notamment du doigt son manque de « radicalité », le fait qu’il encourageait la croissance verte sans prôner de rupture avec le système actuel. Clairement, ce n’est pas ce que je lis dans ces propos.

En revanche, l’ouvrage m’a laissé un goût de « et donc ? ». Dans sa conclusion, Cyril Dion se concentre bien plus sur la question de l’engagement individuel pour construire « de fait » ces récits communs à partir d’une multitude de récits personnels, sans proposer de vraie stratégie pour les écrire de façon plus proactive et collective et surtout, coordonnée.

Je vous laisse sur un (long) extrait de sa conclusion qui résume très bien son ouvrage.

‘ Nous passons tellement de temps (…) à tourner en rond en nous rejetant la balle. Attendant que quelqu’un s’y mette à notre place. Alors que, dans le fond, la situation est assez claire. Personne ne peut dire avec certitude combien de temps nous avons devant nous avant que les choses se gâtent très sérieusement. En revanche, nous savons que nous n’avons pas le temps d’attendre que la société évolue organiquement, à l’échelle d’une ou deux générations. Nous devons nous y mettre dès aujourd’hui et engager des transformations drastiques.

C’est une véritable révolution, métamorphose, mutation, que nous devons engager. (…) nous devons désormais réfléchir de façon globale, tenant compte de l’interdépendance de tous les systèmes. Nous avons besoin de réinventer totalement nos modèles économiques, agricoles, énergétiques, éducatifs, notre organisation démocratique… Nous savons qu’agir individuellement ne sera pas suffisant et que nous ne pouvons pas compter sur la bonne volonté des responsables politiques. (…)

Notre seule issue est de construire des espaces de coopération entre élus, entrepreneurs et citoyens. Pour cela, les récits, les histoires sont certainement le catalyseur le plus efficace. Mais coopérer ne veut pas dire attendre que tout le monde soit d’accord. Cela implique que chacun fasse sa part pour construire cette nouvelle fiction. (…)

Notre énergie ne peut venir que de notre enthousiasme, de notre aptitude à être la bonne personne au bon endroit, à exprimer nos talents, à faire ce qui nous passionne et nous donne envie de nous lever, chaque matin. Au départ, nous n’avons de pouvoir que sur nous-mêmes. Nous sommes notre propre empire, celui que nous pouvons gouverner, réformer, transformer.

Agir sur nous-mêmes, sur notre environnement proche n’est pas une finalité, mais l’amorce de réalisations plus vastes. En transformant notre fiction individuelle, nous proposons à ceux qui nous entourent le ferment d’un récit collectif.

Et lorsque ce récit sera suffisamment partagé, il sera temps d’unir nos forces, par millions, pour modifier les architectures qui régissent nos vies. D’engager la bascule.

Quand ? Je n’en ai pas la moindre idée. Comment exactement ? Je n’en sais rien non plus. Est-ce que l’effondrement écologique n’aura pas déjà eu lieu ? C’est possible. Mais quel autre projet adopter ?

Chaque jour est une petite bataille à mener. Une opportunité de créer une autre réalité. Et cela commence aujourd’hui. ‘

2 réflexions sur “ [Fiche de lecture] Petit manuel de résistance contemporaine de Cyril Dion ”

  1. Trés belle maitrise de la fiche de lecture. Je veins de lire le livre et le résumé est le meilleur que j’ai trouvé sur le Net. Félicitations. Etude en prépa ? Bien à vous

    Répondre

Qu'en dites-vous ?

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.