On ne badine pas avec les huiles essentielles – Partie 3 : mise au vert

La partie précédente de cette série sur les huiles essentielles (HE) se focalisait sur les risques sur la santé (cf Partie 2) qu’elles représentent,  risques qui encouragent déjà à utiliser les huiles essentielles avec parcimonie et précautions, en évitant notamment une utilisation quotidienne.

Mais il n’y a pas que l’argument sanitaire qui devrait nous convaincre de limiter notre folie des HE.

Je dis folie, parce que l’engouement pour est loin de s’être limité à l’usage thérapeutique !


Il a atteint nos produits ménagers, notre linge, nos sols et même nos chiottes.

Certainement l’œuvre de quelques marketeux qui ont flairé le filon. Une recette qui contient quelques gouttes qui sentent bon c’est tout de suite plus vendeur qu’un truc au savon de Marseille qui sent que dalle.
On croirait presque qu’une recette naturelle ne peut plus être crédible tant qu’on n’ y a pas rajouté quelques millilitres d’HE !

Or, cela pose encore un autre problème qui va au-delà des risques sur la santé : c’est vraaaaiment pas écolo.
Et ce, pour plusieurs raisons.

Mon précieux

La première raison, c’est que les huiles essentielles sont précieuses : leur fabrication est coûteuse en matière première.
Pour parler d’HE connues, l’écorce de 3000 citrons est nécessaire pour fabriquer 1 litre d’HE. Ou 200 kg de fleurs de lavandes. Ou 500 kg de menthe poivrée.

Ça calme, non ?

Certes, ramené à un flacon, c’est moins impressionnant, mais il n’empêche !
Dans les commentaires des recettes de lessive maison qu’on trouve sur internet j’ai souvent lu que certaines personnes mettaient jusqu’à 15ml d’huiles essentielles dans leur lessive. C’est comme ajouter 3kg de lavandes ou 45 citrons !

La production des HE demande aussi une grande quantité d’eau. D’après mes recherches, il faut au moins le même volume d’eau que le volume de plantes (là encore, la quantité d’eau nécessaire pour fabriquer 1l d’HE est difficile à trouver). Mais quoi qu’il en soit : beaucoup !

Sans compter, enfin, que beaucoup sont issues de production géographiquement éloignées.

Menace aquatique

Si les huiles essentielles ne sont pas si écolos, c’est aussi parce que celles qui composent les shampoings, les lessives, et les produits ménagers, finissent dans les eaux usées. Les services cantonaux des produits chimiques Suisses ont publié un tableau de classification des dangers associés aux différentes huiles essentielles pures, basé sur le “EFFA Code of Practice 2011” : toxicité orale, par inhalation, irritation cutanée, des yeux, sensibilisation respiratoire ou cutanée, toxicité spécifique pour certains organes cibles, et danger chronique ou aigu pour le milieu aquatique.

Il s’avère que bien des HE présentent une toxicité aiguë et/ou chronique, pas juste pour nous mais aussi pour la faune aquatique.

Par exemple, le pamplemousse, le jasmin et le citron sont classées comme « Très toxique pour les organismes aquatiques, entraînant des effets néfastes à long terme ».

On peut donc imaginer que cela pose problème si elles finissent dans les eaux usées.

J’ai cherché sans succès des infos fiables concernant le traitement des HE dans les stations d’épuration, si elles posaient problèmes et si l’engouement pour leur utilisation se répercute déjà de façon visible sur la faune. Je ne sais pas à quel pourcentage elles deviennent toxiques et si ces pourcentages sont atteints.

Cette classification signifie que, en théorie, certaines HE sont classées au même niveau de danger que certains produits ménagers particulièrement agressifs. Alors bien sûr, j’imagine que, puisqu’ils ne sont pas utilisés dans les mêmes proportions (quelques gouttes d’HE contre un verre de javel…), l’impact n’est pas le même.
Mais il n’empêche que, là encore, l’argument « c’est naturel donc tout va bien » ne se tient pas tout à fait et je trouve discutable de faire comme si c’était le cas.

Par exemple, l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) a publié un dépliant pour fabriquer soi-même ses produits ménagers dans lequel elle argumente que les produits du commerce sont nocifs pour la santé et l’environnement en appuyant son propos avec quelques pictogrammes (inflammable, toxique, irritant, danger par aspiration, danger pour le milieu aquatique), et propose des recettes incluant presque toutes des HE (pour désinfecter).

Or, au vu du tableau en lien ci-dessus, ces mêmes pictogrammes devraient eux aussi se trouver sur un certain nombre de flacons d’HE. Ce que je veux dire par là, c’est que, une fois de plus, les choses ne sont pas si simples. Il ne s’agit pas juste de remplacer les produits chimiques du commerce par les “bonnes HE toutes vertes et toutes inoffensives” sans se poser aucune question.

Bref, si vous êtes, comme moi, dans une démarche de “verdisation” de votre mode de vie et de réduction des déchets et de votre impact, avouez que cela n’a pas de sens d’utiliser à la légère de la matière aussi précieuse et avec un tel impact environnemental pour un usage superflu.

Parce que oui, c’est souvent superflu.

3 kg de lavande dans ma lessive (mais pour quoi faire ?)

C’est certainement l’argument le plus facile à intégrer contre l’utilisation abusive des huiles essentielles pour la maison : ça ne sert à rien, voire pire, c’est contre-productif !

Généralement, si on utilise les HE pour la maison c’est :

  • Pour leurs propriétés, notamment désinfecter et assainir
  • Pour parfumer : le linge, les bougies, une pièce en diffusion par exemple

Or, dans le premier cas, il y a de grandes probabilités pour que ce soit juste inefficace. Et dans le deuxième, c’est, une fois de plus, pas bien écolo ET potentiellement risqué.

Explications

Argument 1 : les HE sont hydrophobes

Les HE sont non miscibles dans l’eau (hydrophobes). Autrement dit, chaque fois que vous ajoutez des HE directement, sans les diluer dans un corps gras ou un dispersant, elles restent en surface. Elles ne se mélangent pas non plus au vinaigre.
Certes, vous pouvez agitez comme un.e perdu.e vos mélanges avant chaque utilisation, mais pour un pschiit désinfectant par exemple qui prend systématiquement le fond de la solution liquide, c’est plutôt contre productif.

Argument 2 : les HE perdent leur propriété avec la chaleur

Les HE perdent leur propriété lorsqu’elles sont chauffées au-delà d’une certaine température, qui se situe entre 30 et 60 degrés selon les sources que j’ai trouvées (ce qui, j’en suis bien consciente, fait une grosse marge).

Autrement dit, si vous comptez profiter de leurs bienfaits thérapeutiques dans vos plats mijotés, vos gâteaux cuits au four ou votre lessive à 60 degrés : c’est mort !

Argument 3 : non, la diffusion d’HE ne purifiera pas votre intérieur

Beaucoup de personnes ont recours au diffuseur d’HE pour assainir leur intérieur. On lit même souvent qu’elles sont tellement efficaces, qu’il suffirait de quelques minutes.
Le problème c’est que…c’est tout l’inverse. Les HE contribuent à la pollution de l’air ambiant.

En effet, elles contiennent des composés organiques volatiles (COV) dispersées par le diffuseur qui sont potentiellement toxiques pour l’organisme (irritations de la peau, du nez, de la gorge et des yeux, voire atteinte du système nerveux central pouvant mener à des maux de tête ou des vertiges, et soupçons de cancérogénécité).

En 2018, le magazine 60 millions de consommateurs a testé 12 sprays et 5 diffuseurs qui contenaient des HE.

Leurs conclusions ? Que la majorité des produits, loin d’assainir, polluent l’air ambiant et augmentent les risques d’allergies et d’irritation des voies respiratoires. La moitié des produits testés libéraient une teneur élevée de COV.

Cet effet est aggravé par le fait que certaines HE sont, par nature, déjà irritantes. D’ailleurs, nombreuses sont celles dont la diffusion est proscrite, notamment celles contenant des cétones ou des phénols, irritantes pour les voies respiratoires (cannelle, le romarin camphré, lavande aspic, menthe poivrée) et celles contenant des esters comme le basilic tropical ou la noix de muscade.

La diffusion des HE est de toute façon à proscrire en présence d’enfants, de personnes asthmatiques ou allergiques, d’animaux domestiques et de femmes enceintes ou allaitantes.

Argument 4 : vous verseriez du Chanel No 5 dans votre assouplissant ?

Au final, très souvent, les HE ne sont pas ajoutées aux produits ménagers pour leurs vertus mais pour leur parfum.

Aroma Zone propose même de créer un parfum « qui reflète sa personnalité » à base d’HE. Donc concrètement, il s’agit de mixer des substances bourrées de composés chimiques dont on ne connait même pas bien les interactions et aux propriétés thérapeutiques puissantes…pour l’utiliser sur soi tous les jours, histoire de sentir bon.

Or, on l’a dit, en plus des risques sur la santé encourus à utiliser les HE au quotidien, c’est écologiquement très discutable de se servir des HE si coûteuses en matière première pour parfumer votre intérieur.

D’autant, que, cerise sur le gâteau, ce n’est même pas toujours efficace. Reprenons le cas de la lessive : d’après les nombreux témoignages que j’ai lu sur les divers groupes Facebook notamment, le linge ne fleure pas meilleur même avec un flacon entier d’HE de lavande dans la lessive.

Alors comment on parfume ?

Inutile de sortir l’artillerie lourde !

Les puristes vous répondront : on parfume PAS. Le parfum est une habitude que les industriels nous ont fait prendre, etc etc

Donc on peut en effet se réhabituer à l’odeur de rien, du savon de Marseille ou de l’air ambiant, et se contenter d’aérer régulièrement chez soi (15mn par jour. Hyyyper important).

Sinon, on peut aussi opter pour les eaux florales, les hydrolats, des plantes séchées, des peaux d’agrumes infusées, voire les essences naturelles en se renseignant avant sur la provenance, la composition et compagnie.

Et voilà…vous êtes à deux doigts de remiser toute votre collection d’huiles essentielles ? Mais non ! Bien utilisées, elles peuvent faire des merveilles. Il suffit de suivre quelques bonnes pratiques (Partie 4)

Lire toute la série sur les huiles essentielles…

6 réflexions sur “ On ne badine pas avec les huiles essentielles – Partie 3 : mise au vert ”

  1. Très intéressant et instructif … merci de partager avec nous vos recherches et votre point de vue. 🙏☺️

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  2. Article très intéressant et en effet, qui peut alerter sur la potentielle dangerosité de la mauvaise utilisation des HE.
    Toutefois cet article peut mélanger les genres comme par ex parler de bombes aérosols à base d’HE( qui peut permettre aux non avertis de faire des confusions sur l’objet de l’article), car bien utilisées les HE sont désinfectantes et non dangereuses. J’utilise personnellement des HE avec beaucoup de précaution et toujours bio (aroma zone par ex, dit-on, utilise de l’acool dans ses huiles !) mais jamais d’aérosols !!!
    Merci donc pour ces interrogations toujours intéressantes à soulever….

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    1. Bonjour,
      Merci pour votre commentaire ! Je ne crois pas qu’il s’agit d’un mélange de genres puisque dans ce passage je parle spécifiquement de la diffusion des HE pour assainir l’air, pas du fait que les HE n’ont pas de pouvoir désinfectant. Elles en ont, dans certains cas, en respectant certains modes d’utilisation…dont la diffusion ne fait a priori pas partie.
      Vous faites bien de soulever ce point important que je n’ai pas vraiment abordé du choix de ses HE !

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  3. Bonjour,
    Votre article est très intéressant et permet de remettre les choses au clair notamment sur le fait que les HE sont précieuses, merci pour cela 🙏
    De plus, puisque vous semblez très intéressée à ce sujet, je vous invite à regarder les vidéos de Nelly Grosjean (sur l’aromathérapie, les hydrolats, les eaux précieuses…) et aussi Irène Grosjean (sur l’alimentation plus particulièrement).
    Vous souhaitant une belle journée 🙏

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