On ne badine pas avec les huiles essentielles – Partie 2 : naturel n’est pas forcément inoffensif

Comme toute substance thérapeutiquement active, les Huiles essentielles (HE) comportent des risques pour la santé.

Oui, on peut s’intoxiquer aux HE, que ce soit par ingestion, par inhalation, par contact cutané ou oculaire. Elles peuvent provoquer nausées, vomissements, convulsions, irritations cutanées, brûlures, problèmes de foie…quelques rares sont même potentiellement mortelles.

Les HE contenant des cétones, comme le thym à thymol, le clou de girofle ou la menthe poivrée, sont potentiellement neurotoxiques et présente un risque abortif. Celles contenant des phénols peuvent être dermocaustiques (irritantes pour la peau) et hépatotoxique (toxiques pour le foie). D’autres, comme les agrumes ou la bergamote, contenant des furocoumarines et pyrocoumarines , sont photosensibilisantes. Il faut donc éviter toute exposition aux UV au moins 6h après leur application.  Enfin, certaines contenant des monoterpènes sont potentiellement néphrotoxiques (toxiques pour les reins).  

Pour vous renseigner, je vous conseille la lecture d’une série d’articles super complets et compréhensibles consacrée aux risques des HE sur le site de Aude Maillard

Plus on les utilise fréquemment et/ou en grande quantité, plus les risques augmentent. Au-delà des doses, les risques varient aussi en fonction de la voie d’administration et de l’état de santé de la personne qui les utilise. Certaines personnes sont particulièrement sensibles aux effets – et donc aux dangers – des HE. C’est le cas des femmes enceintes et allaitantes, des enfants, des personnes âgées, des personnes à terrain allergique, asthmatiques, épileptiques…

De par la faible quantité d’essais cliniques évoquée plus tôt, on ne peut pas affirmer avec certitude quel est le dosage à ne pas dépasser pour éviter tout risque d’intoxication. C’est aussi pour cela qu’on conseille d’éviter d’utiliser les HE tout court pendant la grossesse ou chez les jeunes enfants, parce qu’on ne sait pas bien quels sont les vrais risques et effets sur ces populations.

Ces risques ne se cantonnent pas à l’usage thérapeutique. Chaque fois que vous diffusez et inhalez les huiles essentielles qui font office de parfum d’intérieur, ou que vous entrez en contact avec votre produit vaisselle qui en contient, ou encore que vous appliquez votre baume qui fleure bon l’HE de Jasmin, vous en subissez les effets.

L’idée n’est pas de vous inciter à vous débarrasser, séance tenante, de vos HE. Si vous respectez les règles de prudence, les posologies (dosage, fréquence d’utilisation, fenêtre thérapeutique), les modes d’administration, et évitez l’automédication pour les personnes fragiles, les HE présentent peu de risques. On dit même qu’elles n’ont pas d’effets secondaires contrairement aux médicaments.

La vraie question est : êtes vous bien au courant de toutes ces précautions et les respectez-vous ?

Automédication quand tu nous tiens

Ce qui pose problème avec les HE, c’est l’automédication et le manque de sensibilisation.

Est-ce que ça vous viendrait à l’idée de tripler les doses de médocs prescrites par un médecin ? D’ailleurs, est-ce qu’on a déjà entendu un médecin dire « oh ben prenez ‘quelques’ cachets si le cœur vous en dit » ? Non, les posologies sont toujours exactes, avec des limites à ne pas dépasser. Avec les HE, c’est pareil.

Certes, elles ne sont pas classées comme médicaments. D’ailleurs, dans beaucoup de pays, la réglementation concernant les HE est assez light. En France, par exemple, elles dépendent de l’usage qui leur est attribué.  En théorie, chaque étiquette devrait mentionner à quoi une HE est destinée (aromathérapie, parfum, cuisine, etc) et en fonction, elle est soumise à une certaine réglementation (cosmétique, médicaments à base de plante, etc).

Il n’en reste pas moins que les huiles essentielles sont des substances actives puissantes et qu’il convient de les utiliser avec prudence et parcimonie. Parce que « quelques gouttes d’HE » c’est tout un monde en aromathérapie.

Or, on n’en a pas toujours conscience. En tout cas, moi, clairement, je n’en avais pas conscience jusqu’à récemment.

Et au vu de tout ce que je lis ici et là, ce flou artistique est savamment entretenu par beaucoup de ceux qui conseillent sur leur utilisation. Il y a bien souvent un sérieux déséquilibre entre les mises en garde et les explications concernant les bonnes pratiques, et les recettes et remèdes proposés.  Citons l’exemple de Doctissimo, qui publie un article assez complet sur les risques des HE dans lequel il est précisé que le site n’encourage pas à pratiquer l’automédication  «bien au contraire car certaines précautions conditionnent leur utilisation. Tout ça pour retrouver quelques clics plus loin des conseils pour « améliorer le fonctionnement du système digestif » sans aucune mention des précautions d’utilisation. Rien ! Zip ! Que dalle !  C’est quand même fou, non ?

A vrai dire, je ne compte plus les sources qui suggèrent d’utiliser les HE en y mettant très peu de pincettes, mêmes celles supposées fiables. C’est le cas, par exemple, de la famille (presque) zéro déchet qui en ajoute à plus de la moitié des recettes de son livre, Ze Guide, pour parfumer ou parce que « pourquoi pas ».

Même la Biocoop s’y est mise ! 

Tout ça nous incite à croire qu’on peut manipuler les HE à peu près n’importe comment et dans n’importe quel contexte en faisant ses petites expériences.  

Ce qui est un brin paradoxal. D’un côté, on nous vante les mérites des HE, on les promeut comme des substances suffisamment efficaces pour remplacer les médicaments et servir à tout. De l’autre, on nous en parle comme si on pouvait les utiliser au petit bonheur la chance. Où est là logique ? Si leurs propriétés sont tellement puissantes, comment cela pourrait-il être anodin d’en mettre quotidiennement dans son dentifrice, sa lessive, son produit vaisselle, son diffuseur ou ses crèmes de jour ?

En réalité, il est très difficile de trancher sur l’importance de ces risques, parce que, comme je l’ai dit, il existe peu d’études fiables sur le sujet, surtout sur une utilisation à long terme.

Pour ma part, je me dis que cela ne peut pas être inoffensif de soumettre quotidiennement notre corps à l’effet de plusieurs huiles essentielles aux substances actives et aux propriétés thérapeutiques diverses qui se trouveraient un peu partout dans nos produits quotidiens. Comme si chaque jour, on mettait un peu d’antiviral dans notre café, un anti-inflammatoire dans notre gel douche et un antifongique dans notre crème de jour.

Chaque fois qu’on met de la lavande quelque part pour que « ça sente bon », on soumet aussi notre corps à toutes ses propriétés thérapeutiques : apaisante, anti-inflammatoire, antispasmodique, décontractante musculaire, antiseptique…le tout sans raison particulière.

Ce qui entraîne un autre problème potentiel : si on les utilise trop fréquemment, le risque est de dépasser le seuil de tolérance et de ne plus pouvoir les supporter.

B.a.b.a des bonnes pratiques

Si on résume, de manière générale, il est nécessaire de respecter les précautions de base. notamment (mais non exhaustif, vous trouverez la liste de toutes les précautions ici) :

  • On s’informe au maximum si on compte en faire un usage thérapeutique régulier pour pouvoir faire preuve d’esprit critique. Voire on consulte un professionnel (obligatoire si on suit un traitement médical pour éviter toute interaction malencontreuse entre les composés actifs).
  • On se renseigne sur les différents risques associés à chaque HE (dermo-caustique, etc)
  • Pour cela, on choisit bien ses sources, fiables et si possible impartiales
  • On évite les HE à bas prix. Généralement, il y a un loup. Et on les choisit bio.
  • On privilégie les HE dont l’étiquette mentionne la dénomination scientifique latine, le chémotype, l’origine, le nom des solvants, le procédé d’extraction. Et qu’elle n’est pas diluée.
  • On conserve ses HE à l’abri de la lumière et de la chaleur, dans un flacon bien hermétiquement fermé. Assurer une bonne conversation est primordiale car leur dégradation augmente les risques de réaction allergique.
  • On respecte toujours, toujours, les posologies. 5 gouttes c’est 5 gouttes. Pendant 7 jours, c’est pendant 7 jours.
  • On respecte toujours une fenêtre thérapeutique. Késaco ? Il s’agit d’un temps de pause dans l’utilisation des HE. La règle de base c’est 3 semaines d’utilisation pour 1 semaine de pause ou 5 jours d’utilisation sur 7 par semaine.
  • De manière générale, une HE ne devrait pas faire partie d’une routine quotidienne.
  • On prend compte de la voie d’administration recommandée.
  • On ne verse pas de gouttes d’HE directement dans le bain puisqu’elles ne sont pas miscibles. Elles resteront donc en suspension dans l’eau et risquent de finir par vous brûler la peau ou entrer en contact avec des zones fragiles du corps comme les muqueuses ou le conduit auditif. Il faut toujours utiliser un dispersant.
  • On n’ajoute pas les HE à des produits déjà formulés et qui contiennent déjà des principes actifs (cosmétiques, médocs…) sans avis médical.
  • En cas d’ingestion ou de contact accidentel, on ne rince pas avec de l’eau mais avec une huile végétale très grasse comme de l’huile de bourrache ou de germe de blé, parce que les huiles essentielles ne sont pas miscibles dans l’eau. Contacter le centre antipoison au moindre doute.
  • Bien entendu, on tient les flacons hors de portée des enfants.

Il n’y a pas que sur la santé que les huiles essentielles ont un impact potentiellement négatif. Sur l’environnement aussi…comme abordé dans la partie 3 de cette série.

Lire toute la série sur les huiles essentielles…

Laisser un commentaire

Qu'en dites-vous ?

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.