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Interview: autour du monde à vélo avec Xavier et Angélique

Finie la vie rangée pour Xavier et Angélique qui ont tout lâché pour partir faire le tour du monde à vélo. Partis en janvier 2019 d’Italie, ils publient régulièrement le récit de leurs aventures sur leur blog et les réseaux sociaux. Angélique nous a accordé un peu de son temps pour parler minimalisme, gestion des ressources et des déchets avec nous. Je sais pas vous, mais moi ça m’intéresse toujours, les petits détails de ce genre d’entreprise: combien de t-shirts, combien de litres d’eau, les incontournables dans la trousse de toilette, quel vélo? J’ai suivi avec intérêt les préparatifs de leur voyage, et j’ai eu la chance de passer un peu de temps avec eux en Turquie: il est fascinant de voir qu’ils ont besoin de très peu au quotidien, je suis repartie avec une foule de choses superflues à leurs yeux pour leur alléger les bagages … 5 sacoches chacun pour absolument tout: vêtements pour toutes les conditions météo, couchage, cuisine: impressionnant!Impressionnant et pour ma part inspirant pour le quotidien!

Salut Angélique, commence par nous dire ou tu es? Quel temps fait-il?

Salut Marlène ! En ce moment on est dans la belle ville de Samarkand en Ouzbékistan. Il fait tellement chaud et sec qu’on a du mal à pédaler en plein milieu de journée. Xavier et moi sommes partis à vélo il y a six mois depuis le Nord de l’Italie pour rejoindre l’Asie du Sud-Est d’ici à l’hiver prochain.

Les cuisses, ça va?

Pas de soucis au niveau des cuisses et ce, depuis le début ! C’est plutôt mes mollets qui se sont fait sentir au début et de temps en temps les articulations ou aussi le dos et les épaules. Mais rien ne persiste et c’est ça l’essentiel.

Tu veux présenter rapidement votre projet?

Avant de se connaître, Xavier et moi avions tous les deux l’idée d’un jour tout plaquer pour partir voyager. De mon côté, je n’étais pas du tout sûre du comment alors que Xavier avait déjà la solution : le vélo. Pour lui, c’était avant tout le moyen de continuer à être actif tout en voyageant. On a un rythme et une liberté qui nous permet de nous approcher au plus près des populations locales et d’aller où les bus touristiques ne prendraient pas la peine de s’arrêter. Avant de partir, on avait déjà commencé à prendre conscience de notre empreinte carbone. En voyageant de cette façon, on se rend compte à quel point on consomme en restant dans le confort d’un appartement.

Vous avez dû réduire votre équipement au minimum, poussés au minimalisme en quelque sorte? Comment ça se passe?

On a deux vélos d’environ 15kg et environ 30kg de bagages répartis en cinq sacoches (deux à l’avant, deux à l’arrière, une au guidon) et un sac sur le porte bagage. On part pour un an et on doit être prêts à affronter tous les climats. Avant le départ, c’était la grande question du « qu’est qu’on prend ? » et c’est pas si simple. Effectivement, on a dû tout réduire au maximum. Peu à peu, on donne des choses dont on ne se sert pas et au contraire on récupère des trucs utiles.

Tu veux nous décrire le contenu de ta garde robe actuelle?

C’est vite résumé : une doudoune contre le froid, une veste contre la pluie et le vent, une polaire, trois t-shirts manche longues, trois t-shirts manche courtes, deux soutien-gorges, trois pantalons, deux collants contre le froid, 8 culottes, 6 paires de chaussettes. Quand j’y pense, je vis dans le luxe !

Ta trousse de toilette?

Trousse de toilette minimalisteL’essentiel de ma trousse de toilettes tient dans un petit sac : un savon pour le corps, un shampoing solide, un petit peigne, déo fait maison, crème hydratante Demeter, crème à la cire d’abeille, huile de massage Weleda, coupe menstruelle…

Pour toi la démarche a commencé avant le voyage, ça fait un moment que tu n’as plus d’appartement! Tu as senti que tu passais encore un cap en réduisant tes biens à un vélo et le contenu de tes sacoches? Quelque chose te manque?

C’est clair que j’ai encore réduit mes possessions ! Avant de partir, j’avais un travail à distance et pendant un an j’ai voyagé et habité chez des amis. L’idée du grand voyage me trottait de plus en plus dans la tête. A ce moment là, j’avais l’essentiel dans un sac à dos et quelques affaires par ci, par là. Rien ne me manque et je suis même plutôt contente de ne plus porter mon lourd sac à dos. Quand je pense au retour, je m’imagine dans une maison au style rural ouzbek : très peu de meubles et de jolis tapis au sol.

Le zéro déchets en voyage?

Le zéro déchets en voyage c’est pas si simple que ça. L’avantage à la maison c’est que tu peux acheter de grandes quantités et limiter les emballages ou faire soi-même certains produits. On cuisine beaucoup (parce que le vélo ça donne faim) sur notre réchaud à gaz. En général, on prépare des féculents avec des légumes. Pour les légumes on s’en sort facilement sans emballage (en insistant tout de même). Quand on entame un chou ou du fromage et qu’on veut garder le reste pour le lendemain on utilise les beeswraps. Pour le riz, les pâtes ou les lentilles corail, on les trouvait toujours emballés en Europe et depuis la Turquie, on les trouve en vrac. Il suffit de trouver le marché au coeur de la ville et de penser à sortir le tupper.

Tu sais refuser les sacs plastiques en combien de langues depuis notre dernière rencontre?

Ahah, j’ai déjà oublié dans les langues précédentes mais en russe c’est « нет пластикового пакета, пожалуйста ». Ce que je devrai apprendre aussi, c’est à expliquer aux vendeurs insistants pourquoi on les refuse.

Votre empreinte carbone: alors, oui, vous vous déplacez à vélo, mais en plus, en tente, vous n’avez ni électricité ni eau courante, tu veux nous donner quelques chiffres? Vous vous rationnez beaucoup, ou est ce que ça ne manque pas parce que vous gérez bien vos réserves? Vous devez sentir un sacré décalage quand vous passez quelques jours chez l’habitant, ou quand vous repensez à la vie rangée en Allemagne?

Clairement, on consomme moins d’énergie qu’en vivant dans un appartement en Allemagne ou en France. Niveau électricité, on a un panneau solaire et une batterie externe pour recharger nos téléphones (qui nous servent de GPS et de moyen de communication avec nos hôtes). On utilise l’électricité chez nos hôtes et dans les hôtels pour recharger l’ordinateur et l’appareil photo. Niveau eau, on boit environ 2 litres par jour et on prend 3 litres chacun pour camper (cuisiner, boire, se brosser les dents, faire un brin de vaisselle). On arrive donc à 5 litres par jour par personne, alors que c’est ce qu’on utilise pour tirer la chasse dans des toilettes classiques. Globalement, ce qu’on voit sur place, c’est que les appareils électriques, l’isolation et les toilettes par exemple ne sont pas optimisés comme chez nous et consomment plus.

Vous passez le plus clair de votre temps dehors, vous dormez sous la tente la plupart des nuits, vous remarquez les dégâts causés par l’Homme sur la nature? Le plastique, les déchets en général sur les plages ou au bord des routes, c’est plus flagrant dans certains pays que d’autres?

C’est sur le bord des routes qu’on voit le plus de déchets et ce partout. On était surpris d’en voir en plein milieu du Land écolo de Bade-Wurtemberg en Allemagne lors de notre voyage en octobre dernier. On a vu quelques décharges à ciel ouvert un peu partout sur notre route. On peut repérer des endroits où les jeunes se retrouvent le soir quand on voit des bouteilles vides et des canettes au bord d’un lac par exemple. Et on se demande « que faire ? » mais on a pas la solution : on a pas la place de transporter tous les déchets que l’on voit et on se pose la question du traitement des déchets dans les villages. Certaines communes, certaines régions accordent plus d’importance que d’autres à ce problème.

On voit l’impact de l’Homme dans des cas plus grave comme sur l’assèchement de la Mer d’Aral, qui a perdu 90% de son volume en entraînant de graves problèmes sur la faune et la flore locale. Sur notre route, on a vu le même problème sur le Lac d’Urmia : des rivières ont été détournées pour construire des barrages ou pour alimenter une agriculture gourmande en eau. Une autre cicatrice laissée par l’Homme est sur les routes elles-mêmes. On creuse des tunnels dans les montagnes et on défigure le paysage.

Parlons de la culture du vélo. En Allemagne, ou nous avons vécu ensemble, la pratique du vélo au quotidien est complètement normale, surtout dans les cercles écolos. Beaucoup de monde part en vacances ou en week-end à vélo, c’est assez populaire. Comment le vélo est-il perçu dans les endroits que vous avez traversés? C’est normal, ou on vous prend pour des fous? Moyen de transport à part entière ou plutôt réservé à la pratique sportive? La cohabitation avec les voitures se passe bien?

Dans certaines villes (comme Shkodër en Albanie), on a croisé beaucoup de cyclistes et même sous la pluie. Jusqu’à présent on ne peut pas dire qu’un des pays traversé a une culture du vélo, c’est plutôt à l’échelle d’une ville ou d’un village. En général les voitures sont assez compréhensives et on a jamais eu de problèmes. Dans certaines écoles, beaucoup d’élèves se déplacent à vélo. Ce que je regrette souvent, c’est le nombre de femmes à vélo. On voit généralement des hommes, mais très peu de femmes. De temps en temps on croise des vélos de route, mais assez rarement. Quand on explique qu’on vient d’Italie à vélo, beaucoup ont du mal à comprendre et ne s’imaginent pas pouvoir le faire eux-mêmes. Pourtant c’est pas si compliqué.

Un petit mot pour la fin?

Si l’idée vous passe par la tête un jour, n’hésitez pas : partez voyager à vélo ! On regrette absolument pas notre choix même si c’est pas facile tous les jours. On est indépendants et on maîtrise mieux notre consommation que dans n’importe quel autre type de voyage.

Où peut-on suivre vos aventures?

Nos @xavantures sont à suivre sur Instagram, Facebook et sur notre blog : xavantures.com !

Merci, et bon voyage!!

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