Opter pour un moteur de recherche éco-responsable

S’il y a bien un marché où le mot « monopole » prend tout son sens, c’est celui des moteurs de recherche.

D’après statcounter, en 2019, Google possédait plus de 94% de parts de marché français, contre 3% pour Bing et 1,4% pour Yahoo.

Ainsi, chaque heure dans le monde, ce sont plus de 140 millions de requêtes sur Google. Or, chaque requête émet 7 grammes de C02, ce qui équivaut chaque heure à 1000 aller retours Paris-New York.

Bref, niveau écolo, Google c’est pas tip top. Du coup des alternatives ont émergées ces dernières années notamment Lilo et Ecosia, qui ont le vent en poupe dans les cercles écolos.

Comment ça marche ? Quel est l’intérêt ? Que valent ces alternatives ? Sont-elles vraiment « green » ? On fait le point.

Je passerai aussi en revue d’autres moteurs de recherche qui se positionnent non pas sur le créneau vert mais sur celui de l’éthique et de la protection de données qui méritent aussi d’être connues.

Lilo

Lilo est un moteur de recherche français qui affiche 42 millions de recherches et 700 000 utilisateurs mensuels.

Le principe :

Chaque recherche permet d’amasser des gouttes d’eau, que l’on peut choisir de répartir entre différents projets à impact social et environnemental. La valeur d’une goutte d’eau est calculée en fonction des revenus publicitaires touchés par Lilo et 50% de ces revenus sont ainsi redistribués au prorata des gouttes d’eau assignées aux différents projets par les utilisateurs.

Lilo estime qu’un utilisateur génère environ 15€ / an et affiche 2,2 millions € collectés depuis son lancement. 5% des revenus de Lilo vont aussi dans la compensation carbone.

Ce qu’il y a de chouette avec Lilo c’est qu’elle n’a pas qu’une préoccupation environnementale mais aussi éthique. Les données de recherche ne sont ni collectées ni revendues, aucun cookie de tracking n’est déposé, et Lilo utilise Piwik pour ses analytics.

Côté techno, comment ça marche ?

Lilo est un méta-moteurs, c’est-à-dire que son fonctionnement s’appuie sur les technologies (et infrastructures) de géants comme Google, Yahoo, Bing… A chaque requête, Lilo interroge ces grands moteurs de recherche pour compiler ses résultats mais n’a pas d’algorithme propre.

Ses revenus publicitaires sont aussi tirés des systèmes mis en place par les autres moteurs : ce sont les mêmes pubs qui sont affichées et les moteurs de recherche reversent une part de leurs revenus pubs à Lilo en fonction des clics de ses utilisateurs.

Ecosia

Ecosia est Allemand et comptabilise 8 millions d’utilisateurs actifs.

Son cheval de bataille ? La reforestation.

Le moteur de recherche reverse environ la moitié de ses revenus pour replanter des arbres. Selon le site, il faut approximativement 50 recherches pour financer la plantation d’un arbre et près de 70 000 000 d’arbres auraient déjà été plantés.

Ecosia a aussi construit sa propre centrale solaire pour alimenter ses serveurs et affirme que le bilan carbone de chacune de ses recherches est négatif, contribuant à éliminer 1 kg de CO2 de l’atmosphère (mais j’ai quelques doutes sur la pertinence du raisonnement, présenté sur le site).

Côté éthique, Ecosia ne vend pas les données personnels à des tiers.

Tout comme Lilo, le business model est le même que les moteurs de recherche classiques : les revenus sont tirés de la pub. Ecosia se base sur l’algorithme de Bing pour fournir ses résultats, et Bing reverse une partie de ses revenus publicitaires à Ecosia.

Ecogine

Autre alternative verte dont on parle moins : Ecogine est un moteur de recherche associatif crée par des étudiants de Polytech’Nantes, qui reverse les revenus pub à des associations à but environnemental.

La consommation de CO2 liée aux data centers, aux serveurs et aux terminaux nécessaires au fonctionnement d’Ecogine est aussi compensée et Ecogine est hebergé chez Infomaniak, qui utilise notamment de l’électricité renouvelable et compense ses émissions carbone.

Tout comme Lilo, Ecogine utilise aussi la technologie de Google et son système de publicité. Google reverse ensuite une partie des revenus à Ecogine qui reverse 100% de ses bénéfices à des ONG.

Alors, c’est vraiment green tout ça ?

Comme d’hab, quand on cherche bien, on trouve toujours un loup ou de quoi critiquer. Comme j’aime bien me faire l’avocat du diable, j’ose.

Il y a plusieurs choses à garder en tête. La première, c’est que l’empreinte carbone liée à nos recherches sur internet provient avant tout de l’utilisation de nos terminaux et du fonctionnement des data centers.

N’importe quelle requête via un moteur de recherche emprunte un chemin similaire c’est-à-dire grossièrement : la requête est transférée à un premier centre données proche puis parcours ainsi quelques milliers de kilomètres à travers des câbles pour atterrir dans le data center de l’hébergeur du moteur de recherche (parfois de l’autre côté du globe). Data center qui rassemblent des milliers de serveurs alimentés et refroidis par une énergie plus ou moins verte. Puis la donnée refait le chemin en sens inverse jusqu’à nos écrans.

Or, Lilo et Ecosia se basant sur les technos des autres moteurs de recherche pour fonctionner, chaque requête effectuée sur Lilo ou Ecosia engendre la même consommation énergétique que sur ces autres moteurs de recherche (voire pire puisqu’il y a encore plus d’aller retours à aller interroger les différents moteurs).

D’ailleurs, soit dit en passant, il se trouve que Google fait figure de relativement bon élève concernant l’alimentation électrique de ses data centers. En 2018, Google annonçait avoir acheté suffisamment d’énergie renouvelable pour alimenter l’ensemble de ses data center et bureaux dans le monde. Il a par ailleurs choisi d’installer des serveurs dans les pays Scandinaves (pour limiter les dépenses concernant leur refroidissement) et vise un fonctionnement à 100% sur les énergies renouvelables. Fermons la parenthèse.

Cela signifie donc que l’utilisation d’Ecosia ou Lilo en elle-même n’est pas plus écolo que Google et compagnie. La différence avec ces alternatives se situe dans l’utilisation des revenus générés. L’intérêt de Lilo et Ecosia c’est qu’ils aident à compenser l’impact écologique de notre utilisation des moteurs de recherche en finançant des initiatives environnementales (et sociales pour Lilo).

Il n’en demeure pas moins que le business model reste la même : l’argent provient des revenus publicitaires. Et la pub n’est pas franchement la meilleure alliée de l’écologie ou de la décroissance.

Donc il y a quand même quelque chose d’un petit peu paradoxal dans tout ça. SURTOUT que le business model étant basé sur la pub, ça veut aussi dire que si vous êtes du genre à éviter consciemment de cliquer sur des pubs, au final vous ne contribuez pas directement au financement des projets puisque vous ne générez pas de revenus

Est-ce que ça veut dire que ça ne sert à rien ? Evidemment non. Mais c’est important, il me semble, de garder en tête que ce n’est pas parce qu’on aide à planter des arbres qu’il ne faut pas limiter son utilisation en adoptant quelques bons gestes puisqu’au final, ce n’est qu’une compensation de l’énergie consommée pour notre recherche.

Pour ma part, j’utilise Lilo, la plupart du temps mais je suis souvent déçue des résultats. Je fais beaucoup de recherches assez pointues et précises et je vois bien que les résultats sont loin d’être exhaustifs. C’est donc très fréquent que je bascule sur Google pour aller vérifier s’il n’y en a pas des plus pertinents sur le net. 

Les moteurs de recherche éthiques

Il n’y a pas que l’impact écologique qui pose problème avec Google. Il y a aussi la question éthique.

Google doit sa domination absolue au fait non seulement que le moteur de recherche est d’une puissance inimaginable mais aussi à sa stratégie de verrouillage de l’utilisateur grâce aux services interconnectés : gmail, google maps, Youtube, etc.

En retour, Google amasse une quantité incalculable de données personnelles dont il fait un peu ce qu’il veut de façon pas franchement transparente. Google conserve tout notre historique de recherches grâce au système de cookies et utilise ces données pour alimenter nos profils utilisateurs et nous pousser des pubs ultra ciblées en revendant ces infos aux annonceurs.

Des nouvelles technos ont donc aussi vu le jour ces dernières années pour proposer des alternatives plus éthiques, entre autres : Qwant, DuckDuckGo et Startpage.

Qwant

Qwant est une initiative française qui comptabilisait 2.6 milliards de requêtes en 2016 et possède 0,8% de part de marché en France selon Statcounter.

Leur positionnement : un respect scrupuleux et absolu de la vie privée. Aucune donnée personnelle n’est collectée, l’historique de navigation n’est pas conservé, il n’y a aucun ciblage publicitaire. Qwant a son propre algorithme qui a pour mots d’ordre neutralité et impartialité des résultats.

Qwant Junior est aussi une chouette initiative : un moteur sécurisé et éducatif pour les enfants.

Côté impact écologique, même si ce n’est pas son cheval de bataille principal, Qwant se fournit en énergie chez AkuoCoop, producteur d’énergie renouvelable.

DuckDuckGo

DuckDuckGo est américain et défend aussi bec et ongles le respect de la vie privée. Les données concernant les recherches ne sont pas stockées, les adresses IP non plus.

Le moteur ne montre aucune publicité sous forme de bannière, les revenus proviennent d’annonces sponsorisées.  Moteur de recherche hybride, il tire ses résultats de sa propre base de données, combinée à plusieurs centaines de sources externes dont Wikipédia, Yahoo ou Bing.
Visiblement, les résultats en français ce n’est pas encore tout à fait ça en termes de pertinence mais DuckDuckGo est en train de monter.

Aujourd’hui, il affiche 1,3 milliards de recherche par mois pour un total de 35 milliards depuis sa création. L’organisation a aussi fait dons de 1,9 millions de dollars à des organismes qui défendent le respect de la vie privée.

Voici un comparatif de résultats pour (cliquer pour agrandir) :

 


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