[Sobriété numérique] Limiter l’impact des appareils numériques, premier responsable de la pollution numérique

Le Nokia 3310.

Dans mon souvenir, LE premier portable « mainstream ».

Que de révolutions depuis. Les smartphones, les tablettes, les écrans tactiles, le wifi, les applis, les montres et autres objets connectés et j’en passe.  L’ère de l’objet “intelligent”, toujours plus rapide, toujours plus puissant.

On en accumule de plus en plus. Aujourd’hui, chaque personne possède en moyenne 3,3 terminaux connectés.

Mécaniquement, la production des équipements numérique n’a cessé de croître ces dernières années. Selon Green IT l’univers numérique sera multiplié par 5 entre 2010 et 2025 et les ventes d’objets connectés multipliées par 48 !

Et ces nouveaux appareils plus beaux, plus performants, plus grands, plus tout, sont aussi de plus en plus polluants.

C’est simple, les terminaux sont de loin les principaux coupables de la pollution numérique (65%).

De par la nature et la provenance des matériaux qui les composent (minerais rares, métaux lourds, substances chimiques et dangereuses…), l’énergie nécessaire à leur utilisation et la difficulté de leur recyclage, les appareils numériques ne peuvent pas être écologiques. Ce sont mêmes les objets manufacturés parmi les plus toxiques pour l’environnement.

Ainsi, la fabrication d’un ordinateur de 2kg nécessite 800 kg de matières premières et entraîne une émission de 124 kg de CO2.

Nous avons créé une fiche listant les différentes actions que nous pouvons tous prendre pour diminuer la pollution numérique, proposées, à télécharger gratuitement (et à partager autour de vous).

Chaque étape de leur cycle de vie a un impact important sur l’environnement : fabrication, utilisation et fin de vie. De ces trois étapes, c’est néanmoins la phase de production qui a le plus lourd impact.

Ainsi, pour un smartphone gardé 2 ans, 90% de la consommation énergétique totale induite tout au long du cycle de vie se fait en phase de production, et pour un PC portable, plus de 80%.

Tout faire pour réduire l’impact des équipements est donc la priorité absolue pour s’attaquer à la pollution numérique…bien plus urgent que de s’efforcer de supprimer ses mails ou d’ utiliser des moteurs plus verts pour contrer la pollution numérique.

Pour cela, il y a des choses à mettre en place à trois niveaux :

  • A l’achat
  • A l’utilisation
  • En fin de vie

S’équiper  : consommer responsable

La fabrication compte à elle seule pour 70% de l’empreinte carbone d’un téléphone.

La fabrication d’un ordinateur portable (14’’ ou moins) émet, quant à elle, environ 200 kg de gaz à effet de serre. Son utilisation pendant 1 an en France émet entre 2 et 4 kg de gaz à effet de serre.

Si, au lieu de renouveler son ordinateur tous les 3 ans, on parvient à le garder 6 ans, on aura donc économisé 200 kg de GES. En comparaison, éteignant ce même ordinateur aussi souvent que possible pendant 3 ans, on évite au mieux 10 % des gains obtenus en doublant la durée de vie. »

Bref, allonger la durée de vie de ses appareils, et repenser sa consommation des équipements numériques est donc la priorité absolue pour réduire son impact numérique.

Il s’agit d’acheter moins, d’acheter mieux, de faire durer plus longtemps, d’utiliser plus sagement et de recycler.

Allonger la durée de vie

Frédéric Bordage, « la façon la plus simple et la plus efficace de réduire notre empreinte écologique numérique, c’est d’allonger la durée de vie active des équipements ».

Si le Nokia 3310 est aujourd’hui légendaire pour son indestructibilité (si vous voulez rire un peu je vous conseille une visite du côté des memes sur le Nokia 3310), on ne peut pas en dire de même de ses prédécesseurs !

L’obsolescence programmée est une des principales causes de ce fast fashion appliqué à la techno.

Les téléphones nouvelles générations sont suffisamment fragiles pour qu’on ait à les changer souvent. La durée de vie moyenne des objets connectés est de 18 mois (ADEME).

Mais il n’y a pas que l’obsolescence technique qui dope la consommation. 88% des français changent de portable alors que l’ancien fonctionne encore.

On distingue ainsi :

  • L’obsolescence technique, dite aussi fonctionnelle ou structurelle : un des composants essentiels et irremplaçable ou irréparable lâche.
  • L’obsolescence esthétique, dite aussi psychologique ou culturelle : si ce n’est pas le matériel qui lâche, les constructeurs prendront le soin de nous donner bien vite l’envie d’en changer pour une nouvelle version plus séduisante, plus innovante, plus tout ce qu’on veut (enfin, c’est ce que nous disent les services marketing).
  • L’obsolescence logicielle : lorsque nos équipements ne sont plus compatible avec les nouvelles versions des logiciels, ou qu’ils ne sont plus « supportés » techniquement par les fabricants

Selon Hop, un allongement de la durée d’utilisation des équipements informatiques et de télécommunications de 50% permettrait d’économiser 5,2 millions de tonnes de CO2 par an.

« Passer de 2 à 4 ans d’usage pour une tablette ou un ordinateur améliore de 50 % son bilan environnemental ». (La face cachée du numérique).

Prolonger la durée de vie des équipements numériques

Pour commencer : on bichonne ses appareils.

On leur met une housse, et on évite de les mettre dans la poche arrière quand on va aux toilettes (oui ça sent le vécu).

On installe des antivirus et les mises à jours importantes.

On les nettoie de temps à autres et on aspire les grilles d’aération pour enlever les poussières et autres saletés.

Et tant que ça marche : on les garde ! Même si trois modèles sont sortis entre temps.

Réparer plutôt que remplacer

Kaputt ? Avant de se précipiter chez un vendeur, on essaie d’abord de le réparer. La garantie peut elle fonctionner ? Un réparateur agrée peut il le remplacer ? A quel prix ? Est ce que ça vaut le coup ?

Si vous n’êtes pas du genre bricoleur, vous pouvez vous rendre dans un Repair Café ou chercher les associations autour de chez vous qui aident à la réparation.

S’équiper  responsable

C’est foutu ? Alors on se demande d’abord si on a vraiment, vraiment besoin de le remplacer.

Eliminer le superflu

L’achat le plus écologique est celui qu’on ne fait pas !

Une tablette PLUS un ordi PLUS un téléphone est ce nécessaire ?

Pouvez-vous combler votre besoin avec un équipement moins énergivore ? (Par exemple, un ordinateur portable consomme 50 à 80% de moins qu’un ordinateur fixe). Moins grand (plus les écrans sont grands, plus ils polluent) ?

Peut-être même qu’un téléphone tout simple sans fonctionnalités superflues suffirait ? Voire pas de téléphone du tout ?

Et si vous envisagiez la location plutôt que l’achat ?  Commown propose la location de PC durables et Fairphone plutôt que l’achat (ils ont aussi une offre pour les entreprises).

Vous ne pouvez vraiment pas vous en passer ?

Tournez-vous alors vers un achat le plus responsable possible. Avant d’acheter un appareil, informez-vous sur les conditions de fabrication, les matériaux utilisés, l’impact environnemental de sa fabrication, ce qu’ils deviennent en fin de vie.

Le site Produits durables recense les produits conçus pour durer. Et ici, un guide en ligne des appareils économes en énergie.

Viser les labels

On se penche sur les labels : l’Ange Bleu pour les équipements économes en énergie, recyclables et réparables et libres de certaines substances nocives pour la santé. Energy Star pour les appareils économes en énergie . Ou encore Ecolabel Nordique, EPEAT et TCO.

Privilégier le reconditionné

Les smartphones reconditionnés représentent déjà 10 à 15 % des ventes de smartphones. Il a progressé de 7% en 2018 alors que les ventes de téléphones neufs ont baissé de 6,5 %. Ils sont vendus de 20 à 70% moins chers que du neuf en fonction de leur âge, leur état.

C’est quoi ? C’est un appareil qui a été nettoyé, réparé et réemballé par un professionnel et qui a subi des tests pour vérifier qu’il fonctionne. Il est sous garantie minimum de 3 mois. Pour les téléphones, il existe un label «Mobile certifié reconditionné » qui atteste qu’un certain nombre de tests ont été effectués.

Quelques  fournisseurs de reconditionné : Recommerce, Smaart, Back Market (marketplace), Plus de PC (qui font aussi des smartphones), Les Ateliers du Bocage, Ecodair 

Le site ordi3-0.fr est une initiative gouvernementale pour développer une filière nationale de collecte, de rénovation et de redistribution de matériels informatiques. On y trouve un annuaire de partenaires éco-responsables.

Privilégier le réparable

Choisir un smartphone avec batterie facilement changeable, un bon score de réparabilité.
Les Fairphone sont par exemple conçus pour avoir un impact environnemental minimum. Ils sont facilement réparables. L’origine des composants est contrôlée pour veiller à un maximum d’éthique, appareils démontables, réparables par l’utilisateur…

Attention cependant, j’ai lu que le site ne parvenait plus à assurer le service pour les téléphones les plus anciens dont les pièces de rechange ne sont plus fabriquées ou devenues trop chères…

Phonebloks propose aussi des smartphones constitués de blocs facilement remplaçables.

Bien utiliser ses appareils : limiter leur impact énergétique

Comme l’explique très bien Frédéric Bordage, de GreenIT, il y a deux types de consommation d’énergie :

  • La consommation statique quand l’appareil est allumé mais qu’on ne s’en sert pas. C’est le cas notamment pour les box, qui peuvent ainsi être alimentée pour rien jusqu’à 95% du temps.
  • La consommation dynamique, lorsqu’on utilise un appareil (80% de la consommation d’un téléphone portable par exemple).

Une grande partie de nos équipements modernes sont bien plus gourmands en énergie qu’il y a quelques années, puisque leur performance accrue permet de multiplier les fonctionnalités et les applications qui vident rapidement les batteries.

Preuve en est : bien que la puissance des batteries de smartphone ait augmenté de 50% en 5 ans, on les recharge toujours autant.

Pour consommer moins, il s’agit donc d’adopter un usage plus sobre.

Éteindre sa box

Est-ce qu’on laisse l’eau couler ou les ampoules allumées toute la journée même lorsque ça nous est d’aucune utilité ? Non. Alors pourquoi le fait-on pour la box ? C’est pas un peu aberrant ?

Une box consomme pareil, qu’elle soit en service ou non.  Or, allumée 24h/24, ça revient à la consommation électrique annuelle de 5 à 10 ordinateurs portables, utilisés 8 heures par jour ou à celle d’un grand réfrigérateur  ! En éteignant sa box le soir, on peut économiser 8 à 16 euros par an et 650 à 1 300 litres d’eau.

Donc quand on ne s’en sert pas, on l’éteint, par exemple la journée quand on est au travail et la nuit. En plus d’économiser de l’électricité, on fait aussi une pause dans la diffusion des ondes wifi (et non, cela ne va pas conduire à une usure prématurée de votre Box).

Mettre en veille et éteindre ses appareils

Bien que le mode veille classique permette déjà de réduire la conso d’un ordinateur de 15%, il continue de consommer 1/3 de la conso habituelle (Sibelga).

Par foyer, nous laissons entre 15 et 50 équipements en veille ce qui représenterait  près de 11 % de la facture énergétique d’un ménage. Selon l’ADEME, débrancher les appareils au lieu de les laisser en veille permettrait ainsi d’économiser environ 80€ sur sa facture énergétique annuelle.

Pour des absences relativement longue, on peut mettre ses appareils en mode veille prolongée, ce qui permet de mettre les programmes en pause et consomme peu d’énergie.

Quand c’est possible, le mieux reste de l’éteindre. C’est aussi important pour prolonger la durée de vie des composants.

Cela vaut aussi pour tous les appareils numériques comme l’écran, les hauts parleurs, l’imprimante…

Pour se faciliter la tâche, on peut :

  •   Brancher ses appareils sur une multiprise à interrupteur
  • Utiliser des coupes veilles qui coupent automatiquement l’alimentation des appareils mis en veille qui y sont branchés.

Activer le mode économie d’énergie/Avion

Sur son téléphone comme sur son ordi ou tablette. Ce mode baisse automatiquement la luminosité, stoppe les mises à jour en tâches de fond, etc. En général, on peut le paramétrer.

Voir quelques modes d’emploi pour  PC, Mac, Iphone

Désactiver les fonctionnalités

Désactiver les fonctions GPS, Wifi et Bluetooth lorsqu’on ne s’en sert pas puiqu’elles consomment elles aussi de la batterie.

Fermer ses applications

Cette bonne pratique est surtout valable pour les ordinateurs et les smartphones Android. Il semblerait que fermer manuellement les applications ne présente pas d’intérêt sur iPhone qui gère de façon intelligente les applis.

35 applications fonctionnent en moyenne en permanence sur un smartphone, même quand celles-ci sont en apparence fermées, utilisant de la batterie (Gricad).

Les applications sont souvent énergivores, parce qu’elles ne sont pas conçues dans un souci d’économie de ressources et d’éco-conception.

Selo l’étude menée par Greenspector pour Atos les applications mobiles consomment annuellement en électricité quasiment autant qu’un pays comme l’Irlande (hors utilisation des réseaux et des serveurs des data centers).

Quand un programme n’est plus utilisé, fermez-le.

Voici un guide pour le faire sur Android. Sur ordinateur, c’est particulièrement utile pour les programmes énergivores comme les logiciels de design ou de montage vidéo.

Baisser la luminosité de l’écran

En baissant de 100% à 70% on peut par exemple gagner jusqu’à 20% d’énergie. On peut mettre ses appareils en mode « économies d’énergie » : diminution de la luminosité de l’écran, mise en veille automatique après 10 mn d’inactivité, écran de veille noir…

Débrancher les chargeurs

Un chargeur branché continue de consommer même s’il n’est plus connecté à l’appareil. Débrancher des deux côtés de la prise dès que l’appareil est rechargé.

Opter pour la bonne connexion

Sur PC, on privilégie une connexion Ethernet (par câble) qui consomme moins qu’une connexion en wifi.
Sur tablette et smartphone, on privilégie le wifi qui consomme jusqu’à 23 fois moins que la 4G.

Couper la data

Quand on ne s’en sert pas. Surtout dans les zones sans réseaux, parce que la recherche même du réseau consomme de l’énergie (c’est pour ça que les téléphone se déchargent plus vite).

Prendre garde aux mises à jour logiciel

La mise à jour permanente des logiciels est une cause de vieillissement prématuré des équipements : pour fonctionner, les logiciels exigent des équipements de plus en plus puissants ce qui nous poussent à en changer.

Green IT conseille donc de ne pas effectuer systématiquement les mises à jour logiciel mais de ne conserver que celles qui sont indispensables.

Eviter les variations extrêmes de températures

Avez-vous déjà remarqué que lorsqu’il fait très froid, la batterie de votre téléphone se décharge bien plus rapidement ?

En cas de chute de température, protégez le du froid.

Fin de vie des appareils numérique : limiter la casse

Après la fabrication, la fin de vie des appareils et équipements est la seconde cause de pollution numérique, suivie par la phase d’utilisation.

Chaque année, 720 millions de smartphones sont jetés dans le monde, dont une grande partie en parfait état de marche

Une fois jetés, les équipements informatiques et de télécommunication deviennent des DEEE (déchets d’équipements électriques et électroniques) dont la collecte et le traitement sont obligatoires. Les DEEE représentent désormais la principale source de déchets, et celle qui augmente le plus vite selon une étude de 2015 de l’UNEP.

On en produit 50 millions de tonnes aujourd’hui dans le monde, soit l’équivalent en poids de tous les avions jamais construits ou de 4500 tours Eiffel. En 2050, ce chiffre risque d’atteindre les 120 millions d’ici 2050 (PACE et World Economic Forum, “A New Circular Vision for Electronics : Time for a Global Reboot”, janvier 2019).

Bien que la plupart des matériaux contenus dans ces appareils soient recyclables et réutilisables, à l’échelle mondiale, seuls 20% de ces déchets sont correctement collectés et recyclés.

Entre 1994 et 2003, 500 millions de PC auraient été jetés, contenant à eux tous 287 tonnes de mercure. 80% d’entre eux n’auraient pas été recyclés correctement. Chaque gramme de mercure polluant 1 m3 de terre ou 1000 m3 d’eau pendant 50 ans…on imagine la catastrophe. (Laboratoire fédéral Suisse d’essai des matériaux et de recherche, étude « Global Perspectives on E-Waste », 2005)

Le recyclage des DEEE coûte cher car ces derniers, du fait des substances toxiques qu’ils contiennent, sont classés comme des déchets dangereux (hazardous) et doivent subir un traitement spécial. C’est pour cette raison notamment que certaines préfèrent s’en débarrasser de façon informelle. Une grande partie des DEEE finit ainsi loin de chez nous, en Chine, en Inde ou encore au Ghana. Les processus de désassemblage et de récupération des matériaux y sont menés de façon artisanale, et dangereuse, entrainant une pollution de l’environnement et des risques sanitaires graves pour les populations locales.

Interpol estime ainsi que 70% des DEEE se retrouverait dans cette filière illégale .

A nous de nous débarrasser comme il se doit de nos DEEE pour leur donner toutes les chances d’être correctement recyclés.

Vider ses tiroirs !

Ne pas garder d’appareils qu’on n’utilisera plus chez soi. Ils peuvent être valorisés ! 30 millions de téléphones seraient en train de dormir dans nos tiroirs.

Revendre ses appareils

Vous n’utilisez plus votre appareil ? Vous pouvez le revendre s’il a encore un minimum de valeur marchande. A part Le Bon Coin il existe des sites spécialisés comme largusdumobile.com, Rachatdemobile, recycler.fr…

Donner à des ressourceries ou à des associations

On peut faire don de ses appareils à des associations d’entraide qui les reprennent et les revalorisent : Réseaux solidaires, Ateliers du Bocage, le réseau Envie Emmaüs, TroCantons ou encore Éco-systèmes.

Rapporter chez le fabricant ou revendeur

Les fabricants sont obligés de reprendre les déchets. En plus, souvent, les sites et magasins qui vendent du reconditionnés reprennent les téléphones moyennant une ristourne sur le nouvel achat.

Déposer dans les points de collectes

En France, il existe plus de 1 200 points de collectes de DEEE.

Vous trouverez sur le site d’Ecologic  ou sur recyclage-informatique.net  une carte référençant les points d’apport pour déposer ses DEEE


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