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Rester cohérent dans sa démarche : un défi vers un mode de vie plus vert

Le premier gros challenge de ces premiers mois de transition a été de gérer mon énergie physique et mentale : ne pas me laisser submerger et, surtout, éviter que tout ceci vire à l’obsession.

La deuxième source de prise de tête – pas forcément dans le mauvais sens du terme – est liée. Il s’agit de maintenir une certaine cohérence et congruence dans la démarche.

Un défi qui reflète toute la complexité de ce changement.

Rester cohérente, ce n’est pas tout chambouler à la fois pour être parfaitement écolo sur tous les tableaux et ne plus avoir aucune habitude non-verte. Heureusement ! Sinon j’aurais baissé les bras d’emblée.

Il y a plein de choses d’ailleurs sur lesquelles je n’ai toujours pas entrepris de changement et qui ne sont pas très vertes. Je prends ma voiture pour emmener mes enfants à 15mn à pieds. J’utilise trop internet. Beaucoup trop.  J’utilise beaucoup d’électronique. C’est comme ça. Si je me mettais à tout changer d’un coup ça deviendrait un chemin de croix.

La cohérence, c’est par contre m’assurer que quand j’entreprends un changement je sais pourquoi je le fais et quelles en sont les conséquences.

C’est m’assurer que tout ce que je mets désormais en place a un sens, que c’est vraiment pertinent d’un point de vue écologique ou, en tout cas, que j’en comprends les enjeux environnementaux.

Et je trouve ça sacrément difficile, parce qu’il y a tellement d’opacité et de complexité qui entrent en ligne de compte qu’on ne sait plus sur quel pied danser.

Décrypter les impacts, comparer les alternatives : le parcours du combattant écolo

Si on veut faire les choses bien, pour chaque chose qu’on fait ou qu’on achète, il faudrait prendre en compte l’impact de la fabrication du produit, en termes de la quantité des ressources naturelles utilisées, de l’eau, des sols, de l’énergie, mais aussi en termes de composants et de matières utilisées, s’ils sont bio ou pas, durables ou pas, si on a arraché des forêts entières et menacé des espèces pour que ce produit voit le jour.

Idéalement, il faudrait aussi prendre en compte les conditions de travail des personnes qui l’ont fabriquées, si elles sont éthiques, responsables. Et puis l’énergie utilisée pour emballer le produit , l’acheminer, le stocker, le transformer, le restocker. Il faudrait évaluer qui le vend et la marge qu’ils se font et à qui profite réellement cette vente, de ce qui est fait de l’argent ainsi gagné, puis de la durée de vie du produit et de ce qu’il deviendra ensuite, s’il est recyclable ou non et comment il finira, et combien ça coûtera en termes de ressources pour le faire disparaitre (ou pas)…

C’est énorme.
Il existe des sites qui peuvent nous aider mais il n’empêche que cela demande un effort d’investigation et qu’une comparaison vraiment juste n’est pas toujours possible.

Identifier les alternatives les plus respectueuses de l’environnement relève souvent du vrai casse-tête.

A commencer par l’alimentation. Pour minimiser au maximum l’impact sur la planète et sur ceux qui la peuplent (y compris, donc, les animaux), l’idéal est de consommer, a minima :  bio, responsable, local, vegan et en vrac.
Et là, ça se corse.
Parce que si on prend tous ces facteurs en compte, ça ne laisse potentiellement pas grand chose. Ce qui mène à des régimes alimentaires très simples et peu variés. Or, la monotonie, on n’a plus l’habitude.

On s’est habitué à manger des produits exotiques toute l’année de façon abordable. On n’a même pas toujours conscience que c’est exotique tellement c’est ancré dans nos habitudes – le chocolat, le café, le thé sont autant de produits systématiquement importés.

Par ailleurs, le mode de vie moderne rend très difficile une consommation vraiment simple. Parce qu’il y a moins de petits producteurs, d’artisans, de crèmerie, de bouchers, que tout est conditionné, industrialisé, rentabilisé au maximum ce qui en général est synonyme de mauvais pour la planète.

Et puis, quand bien même, je m’interroge sur ce que ça veut dire local ? Je limite au maximum ce qui ne vient pas d’Allemagne, sauf pour les bananes, un avocat par semaine, deux citrons, un peu de chocolat, du café et quelques bricoles exceptionnelles. Mais je vis à la frontière Suisse, pas si loin de l’Italie ni de la France. Un légume qui vient du Nord de l’Italie ou de l’Est de la France par exemple a probablement moins voyagé qu’un qui vient du Nord de l’Allemagne. Or, il n’y a pas de précision régionale sur les étiquettes des produits (sauf pour les produits locaux bien sûr). Donc j’opte pour limiter tout produit venu d’ailleurs confondu.

Bref, un vrai casse-tête, d’autant plus complexe qu’il faut s’armer de patience pour décrypter les infos qui nous permettront de faire un choix éclairé.

Alternatives écolo…ou pas

Eh oui parce que les alternatives soit disant écolo qu’on nous met en avant…ne le sont pas toujours.

D’abord parce qu’on remplace beaucoup de choses produites chez nous par d’autres supposées plus saines, mais qui viennent de plus loin. Par exemple, l’huile de coco, star des pro-nature que ce soit dans la nourriture comme en cosmétique. Le bambou, so natural. L’avocat, le soja, le riz, la banane, les dattes, le pois chiche, autant de produits qui non seulement viennent souvent de loin mais sont parfois qui plus est le résultat de culture intensive particulièrement dévastatrice pour la planète.

Si certains de ces aliments sont produits en France (soja, quinoa ou du riz de Camargue) ils coûtent souvent plus cher et surtout ne sont pas disponibles partout.

Autre exemple : le lait de vache. Fustigé, pointé du doigt, nombreux sont les adeptes du ZD qui sont passés au régime vegan. Mais par quoi remplace-t-on le lait de vache ? Par du lait d’amandes, du lait de soja, du lait de riz, du lait de coco ou encore d’avoine. Or, ces laits posent aussi leur propre problème environnemental. Venus de loin pour le riz ou le coco, gourmands en eau, menaces pour les écosystèmes, vendus en plus en Tetra Pak…la vérité c’est que même les études ont du mal à trancher lorsqu’elles comparent les impacts environnementaux des différentes options. Parce qu’il faudrait alors comparer le comparable : du bio avec du bio, du responsable avec du responsable, et prendre en compte l’intégralité des facteurs comme la provenance, les ressources utilisées, le transport, l’emballage…
Et si demain on se mettait tous aux laits végétaux, on imagine aisément les problèmes que cela causerait (intensification de la demande et donc de la production, comme c’est arrivé pour le soja). Et ne parlons même pas des crèmes végétales, la même mais en couleur puisque les conditionnements sont encore plus petits.

(Note : je ne parle que du point de vue environnemental, pour l’exemple. Evidemment d’un côté le lait de vache implique une maltraitance des vaches tandis que le lait végétal non, donc je ne fais pas l’apologie du lait de vache)

(Note bis : on peut faire certains laits soi-même pour éviter l’emballage).

Zéro Déchet : le bon filon ?

Ce paradoxe du a-priori-écolo-mais-en-fait-pas-toujours est accentué par le fait que le zéro déchet est de plus en plus tendance, ce dont on ne peut que se réjouir mais ce qui attire aussi pas mal de personnes qui ont flairé le bon filon, avec plusieurs répercussions.

La première, c’est que de plus en plus de médias s’emparent du sujet. Magazines féminins, blogs généralistes, marques peu scrupuleuses…les sources d’infos se multiplient. Et ce qu’on lit manque parfois sérieusement de cohérence (coucou le bambou, l’huile de coco et les huiles essentielles à toutes les sauces). Les mêmes recettes sont prises et reprises sans remise en question. On finit par lire tout et son contraire et par se créer de beaux nœuds dans la tête.

La deuxième conséquence, c’est qu’il y a tout un business de produits ZD qui fleurit.
Il y a notamment plein de petites boutiques en ligne qui se créent. C’est chouette, c’est joli, c’est pratique pour les billes en DIY (dont je fais partie). Mais ça crée aussi un besoin qui n’est pas forcément nécessaire.

A-t-on besoin de joli tissu fleuri (et non bio) pour nos essuie-tout maison, nos SHL, nos lingettes, nos torchons ?
Je ne dis pas qu’il faut se contenter de trucs tout moche (même si, perso, ça me convient), mais l’upcycling est souvent tout indiqué pour se fabriquer le nécessaire Zéro Déchet, et ça me semble plus cohérent.

Il y aussi toutes les inventions qui surfent sur la vague. Rien que depuis que je suis les groupes Facebook et comptes Instagram, j’ai du voir passer une petite dizaine de posts concernant des innovations sur les pailles. Les pailles ! Pailles en inox, en paille, biodégradable, comestibles… Les pailles sont superflues 90% du temps. Ça me chagrine qu’on mette autant d’énergie à créer des pailles peut être biodégradables mais malgré tout à usage unique, au lieu de réfléchir à remplacer des produits vraiment utiles au quotidien.
J’ai même vu passer des projets de box zéro déchet avec abonnement mensuel pour recevoir des produits ZD. Une démarche qui selon moi va à l’encontre de la démarche (à des prix exorbitants en plus).

J’ai conscience de faire un peu bonne femme aigrie, là, mais je trouve ça dommage même si ce n’est pas étonnant. Chasser le naturel (le consumérisme)…il revient au galop.

Et pour boucler sur l’incohérence ultime, il s’agit bien sûr pour mon cas d’internet et de l’électronique, greffée à mes mains 75% de la journée puisque je m’en sers pour bosser, écrire ce blog, faire mes recherches. TOUT. avec un impact environnemental non négligeable.

Filtre vert et charge mentale

Après ces quelques lignes, vous allez me prendre pour une vipère ou une donneuse de leçons. Mais non ! J’applaudis des deux mains le moindre petit pas, et croyez moi je suis à des lumières de la perfection (que je ne pense pas atteindre un jour).

Je continue à utiliser ma voiture pour emmener mes petits à la crèche alors que oui, je pourrais le faire en vélo. Si je ne suis pas préparée pour mes courses hebdos je craque sur du fromage à la coupe dans leur papier d’emballage parce que j’ai oublié mes boites. j’oublie encore 4 fois sur 5 de refuser le sac en papier à la boulangerie avant que ce soit trop tard. J’utilise du papier sulfurisé pour faire mes gâteaux. Après une journée bien harassante je prolonge un peu plus ma douche que de raison. Ma poubelle classique est pleine de couches jetables. Et surtout, incohérence ultime, il s’agit bien sûr d’internet et de l’électronique, greffée à mes mains 75% de la journée puisque je m’en sers pour bosser, écrire ce blog, faire mes recherches. 

De manière générale, je pense qu’il ne peut y avoir cohérence véritable sans réduction de la consommation. Remplacer ne résout pas le problème.  Par exemple, pour l’alimentation, une partie de la solution serait peut être de revenir aux petites quantités, juste le nécessaire, sans gourmandise excessive, sans gaspillage. De quoi alimenter le moulin de tous ceux qui s’insurgent contre le Zéro Déchet qui serait un retour en arrière. On a tellement l’habitude de prendre en compte le facteur plaisir dans tout ce qu’on consomme. Plaisirs culinaires, plaisirs olfactifs, plaisir des yeux…c’est tout un paradigme à changer.

Attendez, partez pas, y’a aussi du bon !

Hey, ça a pas juste été le parcours du combattant.
Je me suis bien amusée ces derniers mois.

D’abord, découvrir toutes ces choses nouvelles, c’est le pied. Prendre son mode de vie en main, se dire qu’on essaie vraiment de faire au mieux pour soi, pour la planète, pour ses enfants, c’est hyper gratifiant.

Et puis y’a certaines choses qui m’ont demandé peu d’effort.
Je ne suis pas un être de routine. Je suis mariée à quelqu’un qui mange le même petit déjeuner tous les matins depuis 5 ans alors je sais ce que c’est, un être de routine. Moi, je suis à l’opposé. Jamais deux fois le même mode opératoire. Zéro fidélité aux produits, aux recettes, aux procédés. Même pour un truc qui marche, si y’a autre chose à tenter je tente.

Ça me prend pas mal de temps en plus (aimer la routine permet d’être très très efficace) mais ça me rend aussi flexible. Notamment aux changements d’habitude. Donc me passer de mon shampoing, de mon produit vaisselle, de mes crèmes : AUCUN problème.

Passer au lavable, en particulier, ne m’a pas du tout rebutée. Mouchoirs, lingettes, gants, même papier toilette ou SHL. A part pour les couches…mais c’est une autre histoire.
Comme je fais déjà 20000 machines par semaine, je ne vois en plus pas de différence en termes de charge de travail. J’ai fabriqués tout ça à l’arrache, en découpant des morceaux de vieux draps ou de tissu. C’est moche mais ça m’est bien égal. Plus c’est simple, mieux je me porte tant que ça fait le job.

Côté alimentation aussi, me passer de certaines choses a été plus facile que ce que je ne pensais. Plus de petits gâteaux, de truc à grignoter, de fromage à tartiner… Ce qui me manque vraiment j’essaie de le fabriquer (comme le houmous). Par contre pour la logistique c’est une autre paire de manches.

Et enfin, j’ai pris beaucoup de plaisir à désencombrer. J’en avais besoin, c’était le bordel permanent chez moi et je me sentais étouffée. C’est toujours le bordel permanent…mais j’ai moins l’impression d’avoir tout un tas de choses inutiles. Sur le coup, surtout, ça m’a vraiment fait du bien.

Voilà. Je pense que ces deux challenges – la charge mentale et la cohérence – seront des fils rouges tout au long de ma phase de transition (qui sera sûrement bien longue) et peut être même après; le tout est de réussir à les gérer sans que ça me prenne trop la tête !

Une réflexion sur “ Rester cohérent dans sa démarche : un défi vers un mode de vie plus vert ”

  1. Je vois qu’on est totalement en phase!! Etre pragmatique avant tout pour ne pas se laisser submerger, culpabiliser et manipuler pour continuer à mal consommer!!

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