le vélo au quotidien

Une ôde au vélo

Je me déplace beaucoup à vélo depuis de nombreuses années maintenant, j’ai toujours aimé cette machine qu’est la bicyclette. Je me rappelle encore de mon BMX de chez MBK avec des mousses sur les tubes du cadre, couleurs fluos typiquement 90’s, ou de cet espèce de petit vélo de ville pliable qui traînait chez mes grands parents sur lequel je tournais des heures entières dans l’immense cour de leur immeuble de la rue de l’Alma… Les virées dans les petites rues à deux sur un vélo avec mon cousin l’été, glace à la main, en tongs, à se prendre les pieds dans les rayons. Le nombre incalculable de bûches prises lors de figures et autres sauts ou descentes improbables avec les copains de lôtissement…

Ceux qui nous suivent sur Instagram l’auront déjà compris, faire du vélo, qui plus est dans les paysages magnifiques dont nous sommes entourées, c’est mon grand kif.

Pendant mes études, il a été tout naturel d’amener un vélo de chez mes parents pour me déplacer plus vite qu’à pieds en ville. Je laissais toujours ma voiture garée derrière chez moi quand j’avais enfin trouvé un stationnement, elle n’en bougeait plus, sauf pour les trajets qui m’obligeaient à sortir de la ville. J’ai aujourd’hui toujours horreur de devoir chercher une place de parking plus de trois minutes. Si j’habitais une grande ville, je crois que je ne possèderais même pas de voiture. De cette flemme, et puis peu à peu d’une certaine conscience écologique, est née mon habitude de faire du vélo.

J’avoue qu’en France ce n’était pas simple tous les jours. J’ai beaucoup roulé sur les trottoirs par peur de la circulation. J’ai beaucoup poussé mon vélo parce qu’en groupe de copains, j’étais toujours la seule à avoir un vélo.

Mon déménagement pour l’Allemagne au cours de mes études m’a permis de sauter le pas vers une utilisation quasi quotidienne. Quasi, parce que je reste frileuse, parce que les glissades sur le verglas ou la neige, je ne m’y fais pas, et le vélo sous la pluie, c’est drôle de temps en temps, mais concrètement, quand on arrive, on est trempé (je parle ici des pluies du nord de l’Allemagne). Mais dès que le temps le permet, j’apprécie vraiment de pouvoir tout faire à vélo. Se mettre en selle, pédaler, attacher son vélo, point. Simple, rapide et efficace, il est très aisé de parcourir des distances de quelques kilomètres en quelques minutes sans être dépendant d’horaires pour les transports en commun, de places de stationnement pour la voiture.

Et puis j’ai emménagé à nouveau dans une région moins urbanisée, et puis j’ai eu un enfant. Pas de problème, je dirais même que j’ai poussé la pratique encore plus loin en investissant dans un peu de matériel. Jusque là j’étais adepte des vélos (pourris, il faut le dire) seconde main ou dégottés au fond de garages ou aux puces. Pour transporter ma fille, j’ai un remorque (un modèle d’il y a quelques années de  celle-ci)  dans laquelle elle est assise sur une petite banquette, attachée avec une ceinture de sécurité, protégée des intempéries. Elle peut lire, manger ou dormir pendant les trajets, le confort est similaire à la voiture pour elle, et elle prend l’air. Elle adore, elle y est habituée depuis ses 6 mois, elle hurle de joie dans les descentes et crie “houhou” dans les tunnels. Il faut parfois négocier sec le matin quand on décide de quand même prendre la voiture pour une raison X ou Y, elle n’est pas du tout, du tout d’accord.

La remorque me permet également de transporter une quantité conséquente de sacs en tous genres, vêtements de rechange, jouets pour le parc, affaires de baignade.. et puis les courses. Je fais beaucoup les courses en vélo. Pas d’ennuis pour se garer devant le magasin bio, devant la boulangerie, devant la boutique de vrac… Je trouve beaucoup plus simple de faire les courses dans ces petits commerces en vélo qu’en voiture, je passe devant, je m’arrête, et hop. Pour le supermarché idem, j’ai assez de place pour faire des courses correctes. Quand il nous faut une réserve de boissons parce qu’on a du monde, on prend la voiture, mais c’est le seul cas de figure ou je ne peux plus assurer à vélo.

Alors vous me direz, il faut traîner tout ça. Oui, ça j’ai remarqué. Quand on habitait dans une partie de la ville plutôt plate, je suais un peu, mais je me débrouillais bien. Mais depuis notre déménagement dans un village et les collines qui nous séparent de la ville, j’ai dû passer du côté (un peu obscur, j’avoue) des cyclistes à vélo électrique. Alors je sais que les batteries de ces bêtes-là ne sont pas produites de la manière la plus classe qu’il soit, et que ce sont des déchets plutôt dégueu. Mais après beaucoup de réflexions, je me suis dit que c’était toujours mieux que la voiture, le diesel, tout ça… Surtout que je fais 80% de mes trajets seule dans notre voiture familiale.

Le combo vélo électrique plus remorque est détonnant, puisque l’effort physique est vraiment réduit, en montée, le moteur assiste, il faut pédaler, mais sans forcer. Ca permet de transporter du poids et d’aligner les kilomètres, même vallonnés, sans être du type coureur-maillot-à-pois. Vu que je fais un nombre assez conséquent de kilomètres à chaque trajet, je sens que mes gambettes travaillent tout de même malgré le moteur, et puis quand je suis sans remorque, attention, j’ai un “vrai” vélo, aussi. J’ai ma dignité quand même. Au delà de l’aspect écolo et pratique, je trouve un côté méditatif à mes trajets à vélo. D’une je traverse de beaux paysages, ce n’est pas donné à tout le monde, c’est vrai. Je sens (littéralement, avec le nez) les saisons passer, je profite du chant des oiseaux et du soleil (bon, ça, ça me donne un petit côté tête brûlée dont je pourrais me passer).

Alors, qu’est-ce que tu attends pour t’y mettre ?

Voilà, ça c’était ma vie à vélo. J’espère que j’ai réussi à faire passer à quel point j’apprécie ce mode de déplacement. Maintenant j’aimerais essayer de motiver les réticents. J’ai déjà énuméré quelques avantages, à mon sens, de l’utilisation quotidienne du vélo. Je vais essayer de lister les arguments contre que j’entends le plus souvent et de donner des pistes ou des idées pour les surmonter.

J’arrive au travail en transpiration, ce n’est pas viable au quotidien

Peut-être que tu as la possiblité de te doucher sur place ? Au moins de te changer ? Tu peux mettre un t-shirt pour le trajet à vélo et emmener de quoi te rafraîchir aux toilettes et changer ton t-shirt pour le haut de ta tenue de travail. Tu peux aussi rouler assez doucement pour ne pas transpirer. Tes collègues te regardent bizarrement ? C’est l’occasion de lancer le dialogue sur les raisons de ton manège !

C’est fatiguant, mon lieu de travail est trop loin

Pas besoin de faire des exploits, tu peux rouler à ton rythme. Tu peux aussi commencer par faire le trajet le week end pour t’entraîner, on devient vite plus rapide quand on sait ou prendre de l’élan, comment prendre les virages, quand on a trouvé des raccourcis et quand on a gagné un peu en forme physique. Ceux qui ont déjà fait un peu de jogging savent qu’en peu de séances on s’améliore déjà.

Ensuite tu peux te donner du temps, prends le vélo un jour sur deux pour commencer, ou même une seule fois par semaine ? Déclarer le mercredi ou le vendredi comme la journée à vélo ? Ne pas se mettre la pression, chaque trajet sans voiture est un pas. Peut-être que le vélo électrique est une option à réfléchir ? Mais attention, ce n’est pas la solution contre la flemme, il faut bien peser cet investissement. Une solution intermédiaire consiste à partager le trajet entre deux moyens de transports: le vélo pour aller à la gare puis le train, le vélo jusqu’à la station de métro au lieu du bus..

Si le vélo pour aller travailler n’est vraiment pas viable (j’avoue que je n’aimerais pas rouler en costume trois pièces), prends au moins ta bicyclette pour aller à ton cours de saxo ou de poney le soir, c’est toujours ça de pris. Instaure des week end sans voiture, vas au marché à vélo le samedi, remplace la virée en voiture le dimanche pour aller se balader par une simple balade à vélo. Pense bien à tous les trajets que tu fais en voiture : il y en a sûrement quelques uns où il est aisé de remplacer par le vélo, ceux de moins de 10 km qui ne passent pas par l’autoroute sont potentiellement cyclables, en fait.

La météo – il fait froid, il fait chaud, il va pleuvoir

Il n’y a pas de mauvais temps, que de mauvais vêtements ! Sans blague, il faut repenser un peu sa panoplie pour sortir, c’est vrai. J’ai une sacoche sur mon vélo dans laquelle j’ai des gants fins, un bonnet, une softshell contre le vent et les averses, une écharpe de type snood et une polaire. Je module tout ça selon la température, l’heure de la journée. Le matin au départ pour le travail j’ai besoin de plus d’épaisseurs qu’a midi en rentrant. Le soir il fait vite frais, j’enfile la polaire et la softshell par exemple. C’est peut-être un peu extrême dans mon cas, je suis frileuse et je m’enrhume en permanence – mais une veste qui coupe un peu le vent (respirante tout de même, attention) reste incontournable, sauf en plein été. Inutile de se ruer chez D****n tout de suite, fais les petites annonces, demande autour de toi si quelqu’un à une veste inutilisée, ou rentabilise ta veste de footing ou de rando qui ne te sert que de façon très occasionnelle. Contre le froid, une solution infaillible: pédaler plus vite!

Les vols – j’ai peur de ne plus retrouver mon vélo où je l’ai laissé

Tout d’abord, il faut un bon antivol. Assez gros pour ne pas céder à la première pince coupante, assez long pour attacher le vélo à un point fixe. Remplace les attaches rapides de ta roue avant et de ta selle par des fermetures classiques, qui se démontent seulement avec des outils. Ne pas forcément choisir un vélo trop classe, tape à l’oeil, un vélo d’occasion parfaitement passe partout fait moins envie aux voleurs. Partout où c’est possible, rentre ton vélo. Au resto, pose le-devant, à portée de vue. Je monte le mien au bureau, parce que le parking à vélo abrité est petit et toujours plein. Il y a la place, personne n’y trouve à redire. Je récolte souvent les regards amusés de mes collègues, mais aussi un certain respect pour ma motivation. Sans aller jusqu’à le poser devant ton poste de travail, il y a sûrement une cour intérieure, un coin de hall, de parking souterrain ou de cage d’escalier où ton vélo ne gênera personne, vas-y au culot ! C’est l’occasion de lancer des discussion, une fois de plus, et d’aider des collègues à sauter le pas ? Tu peux aussi parler directement à la direction du problème, après tout, c’est dans leur interêt de soutenir les employés qui font l’effort de venir à vélo, ce sont des employés potentiellement plus détendus, plus en forme, plus heureux ! La clé, c’est le dialogue, souvent, il suffit de demander gentillement en ayant des arguments valables.

Le danger – la circulation parmi les voitures, l’absence d’infrastructures adaptées

Là je dois dire que j’ai chaque jour au moins un cas où je me dis que cet automobiliste qui ne me respecte pas parce que je ne prends pas beaucoup de place sur la route pourrait au moins avoir de la reconnaissance pour le fait que je fasse quelque chose pour l’environnement. Pourtant en Allemagne, les automobilistes sont plutôt sensibilisés et les pistes cyclables assez développées. D’abord, assure ta propre sécurité avec un casque, soit très attentif, anticipe les portières qui s’ouvrent, les changements de direction sans clignotants, tout un tas de petites incivilités qui deviennent vite dangereuses… Tu dois être concentré.

Au delà de ça, faire toujours attention à être visible, pièces réfléchissantes sur le sac ou la veste, catadioptres sur les roues, éclairage avant et arrière, et surtout une bonne grosse sonnette pour se faire remarquer des piétons.

Ici à nouveau l’état d’esprit c’est : plus on sera nombreux à s’y mettre, plus ça va changer. Sensibiliser son entourage, se rapprocher des associations engagées dans le domaine (voir en fin d’article), mettre en route des pétitions pour un réseau de pistes cyclables auprès de ta municipalité.. Il ne faut pas baisser les bras mais voir le champ des possibilités qui nous sont ouvertes.

Le temps – je suis trop lent à vélo

Oui, mais non. Pour commencer, en ville, vu la circulation aux heures de pointes, je ne suis même pas sûre que ce soit vrai. Ensuite, il faut voir ce temps de trajet aussi comme un moment privilégié où l’on est seul avec ses pensées, où l’on a une activité physique (plus besoin d’aller courir sur un tapis le soir en salle), si on a de la chance on traverse de jolis paysages. Pourquoi ne pas instaurer un crochet par un endroit plus joli que le trajet le plus court ? Ce temps, c’est du temps de qualité, il faut repenser sa gestion du temps pour voir que le temps passé à vélo n’est pas perdu. Si tu es dans le processus de verdir ton mode de consommation, tu as certainement déjà changé ta façon de faire les courses en délaissant les grandes surfaces pour différents petits fournisseurs. Ceci est parfaitement compatible avec ce « ralentissement » forcé par le vélo, on fait les courses en plusieurs fois, à plusieurs endroits, répartis dans la semaine. On ne passe plus des heures à se garer, charger, décharger la voiture, s’agacer dans la circulation, mais du temps à se balader à vélo.

La place – Je dois transporter des choses. C’est impossible à vélo.

Faux ! Et Re-faux. Pour transporter des dossiers, un ordinateur pour le travail, quelques courses, un simple sac à dos fait très bien l’affaire, mais on transpire vite dans le dos avec. Un panier sur le porte-bagages et un tendeur pour fixer un sac dedans font des miracles pour un budget minime (idée récup’ : une cagette du marché à la place d’un panier). Plus poussé, les sacoches, certaines marques en proposent qui sont étanches, équipées d’une bandoulière pour être utilisées au quotidien. Là encore, ne pas se ruer dans la première enseigne de sport. On trouve des trésors d’occasion quand on se laisse un peu de temps. Pour les plus ambitieux, il y a la solution remorque, pour les enfants, les courses, le chien, tout. Et puis il y a les vélos cargos, qui sont les pros du transport de charge. Pas assez modulable et flexible pour moi, mais il y a d’excellents retours, notamment sur le transport des enfants, puisqu’on les a devant soit : on les voit, les automobilistes aussi, ils sont plus haut que dans une remorque, ce qui présente aussi l’avantage de limiter un peu l’exposition aux gaz d’échappements en ville. Bref, transporter du matos, du poids ou du monde, c’est faisable à vélo, c’est une question d’organisation et d’équipement.

Il me manque la motivation – le plus grand problème ??

Je suis consciente que beaucoup de configurations de vies ne se prêtent pas du tout à l’intégration du vélo dans le quotidien. Mais je vois autour de moi aussi beaucoup de gens pour lesquels ce serait tout à fait possible. Sans trop d’efforts. Mais il faut une certaine motivation, c’est vrai. A ceux-là je dis : lancez-vous, ça rend accro ! Plus on pédale, plus c’est facile. On prend l’habitude et ça n’est pas plus compliqué de déballer le vélo que de sortir la voiture du garage ou de courir à l’arrêt de bus. Lorsqu’une routine est instaurée, souvent, on se demande pourquoi on a pas commencé plus tôt, non ?

Les matins où j’ai du mal, je pense à nos copains de Xavantures (à découvrir ici), qui voyagent autour du monde à vélo. Bon, sans aller jusque là : en réfléchissant à l’impact que ça a sur l’environnement, surtout si on remplace le vélo par la voiture, je trouve la motivation de ne pas céder à mes petites excuses (il y a un nuage qui pourrait devenir noir là haut, et puis j’ai un rdv tout de suite après le travail, et puis j’ai un peu le bout du nez qui gratte…).

Pour trouver d’autres cyclistes, se regrouper, échanger, réparer son vélo :

Pour ceux qui souhaitent se rapprocher de compagnons de guidon, il y a diverses initiatives qui permettent de se rassembler, de partager les expériences et de faire bouger les choses.

Il existe dans beaucoup de grandes villes des ateliers solidaires de réparation. On répare soi-même son vélo, on donne un coup de main à d’autres, on apprend de ceux qui savent faire d’autres choses. En général ils disposent d’un stock de pièces de rechange dans lequel on peut se servir moyennant un petit don, et surtout, ils ont les outils nécessaires et la place pour bichonner sa monture comme il se doit.

Pour trouver près de chez soi : https://www.heureux-cyclage.org/les-ateliers-en-france.html

Pour devenir cyclo-militant, le mouvement de la vélorution propose de “se réapproprier l’espace urbain à vélo et réclamer un réel partage de la route”: http://velorutionuniverselle.org

Enfin la FUB, la fédération française des usagers de la bicyclette agit entre autres pour la promotion du vélo au quotidien et contre le vol et la dégradation des vélos.

Je recommande une visite sur leur site: https://www.fub.fr/ , la rubrique Moi à vélo regorge de petits trucs pratiques, et la carte du réseau répertorie les associations membres à travers la France, il y en a 317, sûrement une près de chez toi !

3 réflexions sur “ Une ôde au vélo ”

  1. Merci de penser à nous 🙂
    Moi je pense que ta fille a plus de courage que moi dans les tunnels sur les nationales, parce quand je suis dedans c’est un cri de terreur que je voudrais pousser ! A part ça, le vélo, c’est la vie !
    Angélique

    Répondre

  2. Depuis la rentrée j’ai déménagé en région parisienne et je me déplace seulement en vélo, alors je n’habite pas à Paris ou dans une grande ville, mais dans la vallée de chevreuse, c’est une bonheur quotidien que d’utiliser mon vélo. comme tu le dis si bien, il n’y a pas de mauvais temps, juste des mauvais vêtements! 🙂

    Répondre

    1. Félicitations! C’est exactement ce que je ressens aussi, un bonheur quotidien !

      Répondre

Qu'en dites-vous ?

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.