se lancer dans une démarche zero dechet

Y’a d’la joie

Depuis qu’on a décidé de se lancer dans ce blog avec Marlène, ça turbine à plein régime dans ma tête. J’ai ouvert la porte à toutes ces informations que j’évitais soigneusement jusqu’ici, concernant l’impact de mon mode de vie.

En ce moment, je me sens comme une gosse dans un magasin de jouets. Tout me semble nouveau et intéressant et fantastique. Je découvre un monde qui m’était totalement inconnu.
Figurez-vous que je n’avais jamais entendu parler de zéro déchet jusqu’à il y a quelques semaines ! Allez savoir comment.

Mais avec toute cette excitation positive vient aussi un sentiment moins chouette. Celui qu’on est quand même enfoncés jusqu’au cou dans une consommation et un mode de vie qui nous font du mal et font du mal à notre chère planète. Et que pour s’en sortir collectivement, il va falloir ramer ferme.
A chaque détour d’article, je constate l’ampleur des dégâts. Les produits nocifs, les pratiques scandaleuses, les trucs qu’on nous cache, ceux qu’on nous fait gober. Ma liste noire de ce que je devrais éliminer progressivement de ma vie s’allonge de jour en jour. Tout ça me donne le tournis.

Et plus j’en apprends, plus je m’interroge : comment a-t-on pu laisser les choses en arriver là ? Comment peut-on encore pour la majorité d’entre nous, regarder ce scénario se dérouler devant nos yeux comme de simples spectateurs ?

Comment se fait-il qu’on se laisse refourguer tout et n’importe quoi, même en ayant parfaitement conscience que c’est de la merde ? Comment se fait-il qu’on se laisse embobiner et enfumer par les marques sans se poser plus de questions ? Qu’on accepte de rentrer dans ce jeu de la surconsommation tout en sachant bien que c’est absurde et qu’on marche sur la tête (je défie quiconque de me regarder droit dans les yeux et de m’avouer que sa TV ou son portable dernier cri lui a procuré une satisfaction et un bien-être profond plus de 1 mois après l’achat) ?

Vous vous rendez compte qu’aujourd’hui, on juge le bon fonctionnement d’une société au fait qu’elle achète et qu’elle consomme ? La population gaspille et jette de l’argent par les fenêtres ? Fabuleux ! L’économie est en pleine santé !
Est-ce que ce n’est pas le comble de l’absurdité ?

Je ne me pose pas toutes ces questions parce que je suis devenue mili-chiante à vouloir dénoncer une conspiration de ces fourbes d’industriels, ni parce que maintenant que j’essaie de changer ma propre façon de faire, je me pense au-dessus du reste du monde encore endormi.

Au contraire, je me les pose puisqu’il y’a encore quelques semaines, je refusais soigneusement de me les poser. Parce que j’étais la première à avouer préférer ne pas savoir. Je me disais que de toute façon, tout est devenu tellement nocif maintenant qu’on a plus de mal à trouver un produit non-cancérogène que l’inverse et ça me déprime tellement que je préférais fermer les yeux et les oreilles. Sans avoir jamais été une accro du shopping, j’ai toujours bien aimé varier ma garde robe. Pendant mes quelques virées annuelles, entre un tshirt h&m à 3 euros et le même à 20€ en tissu écolo, j’allais pour le h&m. L’année dernière, j’ai même découvert Gifi et la Foirfouille et j’y allais régulièrement pour acheter des conneries pour mon fiston où pour décorer ma maison ! Pourtant, mes placards trop pleins me filaient des bouffées d’angoisse mais c’était plus fort que moi.

Et c’est justement sur cela que je m’interroge. Pourquoi nous participons tous à cette fuite en avant, sans distinction de revenus, d’éducation, de genre, d’origine ou de quoique ce soit d’autre, tout en étant nombreux a avoir parfaitement conscience de la nocivité de ce mode de vie ?
Pourquoi avons-nous autant de difficultés à dire non, stop, je sors de la danse, je me déclare forfait de ce jeu-là, et je réfléchis à une autre façon de consommer et de vivre, qui me convienne vraiment ?

Je pense qu’en fait, nous considérons, aujourd’hui, qu’acheter est un privilège que nous avons gagné à la sueur de notre front. J’ai gagné le droit d’acheter. J’ai gagné le droit d’avoir la même chose que tout le monde, de profiter du même confort, des mêmes expériences. A ce titre, pourquoi devrais-je m’en priver ? Pourquoi m’en priver moi, si tellement d’autres ne font pas ce sacrifice, et surtout, si les plus riches et mieux lotis que moi ne bougent pas le petit index pour changer eux aussi ? Si les entreprises ne font pas leur part ? Si les gouvernements ne font pas leur part !

Bien sûr, je généralise. J’ai découvert ces derniers temps des communautés insoupçonnés de personnes qui se bougent, qui cherchent à changer les choses, à leur échelle ou à une échelle plus grande.

Mais dans l’ensemble, je crois qu’on ne se sent redevable de personne. Si il y a jamais eu un sentiment d’humanité, d’un lien qui nous connecte les uns aux autres, qui nous donne l’impression d’être tous dans le même bateau, il me semble que cela fait bien longtemps qu’on l’a perdu pour la majorité d’entre nous. On cherche avant tout à avancer dans notre vie tant bien que mal, en en tirant autant de satisfaction que possible, avec la conviction que cette satisfaction-là passe en partie par le confort matériel parce que c’est ce qu’on ne cesse de nous dire. Chacun veut sa part du gâteau et c’est bien normal.

Et puis, je dirais qu’à l’échelle de l’humanité, il y a une autre explication à cette course folle, qui peut se résumer à une affirmation simple : “just because we can”.
Juste parce que nous en avons le pouvoir.

Nous avons le pouvoir de créer, de produire, de dompter, d’exploiter, donc nous le faisons.

Je considère l’Homme comme une espèce animale comme une autre, dotée de ses propres attributs extraordinaires . Certaines espèces ont bénéficié d’un odorat hors du commun, d’autres de la capacité de se fondre dans le décor.
Nous, pour survivre, on a été doté, entre autres, de l’aptitude à inventer et du langage. Quelque chose nous incite à repousser constamment les limites de la science et de la technologie. Peu importe que cela soit salutaire ou non. Au nom de la science, c’est justifiable. Alors on construit des robots qui bientôt feront tout mieux que nous au point de nous rendre inutiles. On conçoit des IA qui bientôt seront peut être plus intelligentes que nous. Terminator, Black Mirror, notre réalité se rapproche de plus en plus des oeuvres de science fiction.

On dénature, on augmente, pour avancer vers le “progrès” : le toujours plus.
Parce que nous sommes avant tout une espèce animale, nous agissons par instinct naturel, et cet instinct nous fait faire bien des conneries qui, paradoxalement, vont à l’encontre de notre survie. Le décalage entre nos fabuleuses capacités et le monde que nous construisons me donne le vertige. Collectivement, nous aurions la capacité de sortir de l’impasse mais nous nous révélons incapables de le faire, incapables de cet élan solidaire qui permettrait de passer outre les différences individuelles pour avancer ensemble.

Je suis bien consciente que le tableau que je viens de dresser est bien noir. Pas très optimiste comme vision de l’Homme !
Pas très non. Mais je reste aussi convaincue qu’il existe quantités de personnalités fabuleuses et admirables qui oeuvrent chaque jour pour faire bouger les choses…et dont je ne prétends pas faire partie.

Je ne prétends pas non plus asséner une leçon de morale, mais un simple point de vue : pour que tout le monde soit disposé à faire sa part, il me semble qu’il faudrait pouvoir remettre tout le monde (et je dis bien tout le MONDE) sur un pied d’égalité. Ce qui n’est pas pour demain.

Et pour qu’un nouveau modèle soit possible, il faudrait aussi et d’abord déconstruire les valeurs véhiculées par l’actuel. Changer de paradigme. Cesser de valoriser la possession matérielle ou de mesurer la bonne santé d’une société à son niveau de consommation. Remettre au goût du jour le partage, la solidarité sincère, la valorisation des savoir-faire…ce serait si doux.

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